Ceci est une nouvelle histoire complète.
Titre : After Hoover - Texte complet
Auteur : Anton Vitaïev
Personnages : 11 hommes, 5 femmes, 3 adolescents
Le plus jeune garçon a 13 ans
Exhibitionnisme
Voyeurisme
Orgie
Première fois
Oral
Masturbation
Pénétration vaginale
Pénétration anale
Homosexualité masculine
Lesbianisme
Science-fiction
Non-consensuel
Viol
Torture

Texte envoyé le 06/05/2016
Texte publié le 07/05/2016

Creative Commons 2016 - Anton Vitaïev. Certains droits réservés.

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Résumé :
Amateurs de textes post-apocalyptiques, bienvenue. Ce récit s'inscrit dans l'univers de Fallout New Vegas, et narre la sordide aventure du Courrier, âgé de treize ans, après la seconde bataille du barrage Hoover. Il peut être lu par un non-initié, mais s'il vous manque des références, il existe un wiki francophone succinct et une version anglophone plus fournie. Bonne lecture.

Histoire envoyée à notre site des 'Histoires Taboues'.
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After Hoover


par Anton Vitaïev

Texte complet

Le 23 octobre 2077 à 9 :42am, les premières ogives nucléaires chinoises frappèrent le sol américain, qui cracha à son tour le feu atomique. Il ne fallut que quelques heures à l'Humanité pour venir à bout de sa propre civilisation, mais elle ne parvint pas à s'éteindre elle-même, et ce funeste épisode ne fut que le début d'une nouvelle ère sanglante.

Une part non négligeable des survivants fut formée des plus riches, ceux qui parvinrent à se réfugier dans de solides abris souterrains. Durant les deux siècles qui suivirent l'apocalypse, au fil des années, ceux-ci s'ouvrirent sporadiquement, déversant çà et là quelques milliers de ces privilégiés, puis leur descendance, qui se mêlèrent à ceux que l'isolement géographique avait préservés. La terre fut éparsement repeuplée, et une large variété de sociétés naquit sur les cendres du vieux monde : campements, villages, villes, tribus, communautés, armées, confréries et églises émergèrent lentement des décombres.

Avec l'Homme, la violence revint : des bandes de brigands déferlèrent sur les terres désolées, pillant, violant, tuant sur leur passage; de larges factions, mieux organisées, s'opposèrent au cours d'interminables luttes territoriales ; d'autres groupuscules, obsédés par l'autoconservation, sombrèrent dans une frénésie meurtrière préventive. Et l'Humanité découvrit, qui la guettait à la surface, un autre péril qu'elle-même : d'innommables abominations, tantôt issues de l'irradiation, tantôt d'expériences militaires calamiteuses. L'ultime expectoration d'un passé à l'agonie.

***

L'écran rayé de mon Pip-Boy 3000 affichait 8 :02am, mercredi 4 Janvier 2282. Je me tenais, fier, aux côtés de Gabriel, un Securitron PDQ-88b Mk II assigné à ma défense par M. House depuis la seconde bataille du barrage Hoover ; sa carrosserie blindée, cabossée par les balles des Centurions, était comme le reflet de mes propres cicatrices. J'étais au beau milieu des ruines de Boulder City, de retour d'une retraite d'un mois prise dans une planque au nord-est de Camp Golf, après l'affrontement. À présent, je faisais face à une stèle, pierre arrachée aux décombres pour être gravée, et faisant désormais office de mémorial.

« En ce lieu, en l'an 2277, les Rangers et soldats de la République de Nouvelle Californie repoussèrent les forces de la Légion de Caesar durant la bataille du barrage Hoover. Plus de cent hommes et femmes donnèrent leur vie sur le sol du Nevada pour défendre les civils locaux et les principes de la République. Puisse cette humble pierre se dresser à jamais, en mémoire de leur valeur et de leur sacrifice. »

Je n'avais que huit ou neuf ans, à l'époque des combats, et je n'avais alors que faire de ces mots, rapportés jusqu'à mon camp par les colporteurs. Mais aujourd'hui, après avoir moi-même essuyé les tirs des légionnaires, après avoir vu les soldats blessés ramper sur le béton du titanesque mur, je les comprenais. Et ils étaient pour moi le symbole de ce conflit tout entier : des tas de gens étaient morts pour rien.

Les deux armées s'étaient livré une guerre sanglante, des années durant, pour contrôler l'incommensurable production électrique de cette installation et, par là-même, l'ensemble des terres désolées du Mojave. Désormais, en dépit de leurs efforts colossaux et de leurs milliers de martyrs, c'était House qui régnait; la décision m'avait appartenu. Moi, petit courrier débrouillard de l'Express, j'avais choisi de laisser les clés du pouvoir à un visionnaire immortel, cupide et despotique, plutôt qu'à l'une des deux factions belliqueuses. C'était le choix du moindre mal, évitant le chaos d'une République corrompue, et la terreur permanente d'un ordre militaire esclavagiste. En y repensant, j'eus un soupir : l'humanité résisterait définitivement à tout, mais elle ne connaîtrait pas de repos. Parce que la guerre... la guerre ne change jamais.

Cet instant de réflexion et de recueillement me fit grand bien ; j'étais maintenant prêt à retourner à Vegas, sur le Strip. Comme s'il l'avait pressenti, Gabriel se tourna, et je pus ranger mon Gauss dans l'épais sac de cuir fixé par des sangles sous sa proéminence dorsale : l'engin de mort qui me suivait partout avait en effet subi quelques changements durant ma courte retraite. Outre de multiples poches destinées au rangement, j'avais soudé, entre ses imposantes spalières, un dossier escamotable, des repose-pieds de moto, et une large poignée fixe pour me tenir. Avec la force de l'habitude, je l'escaladai, et donnai deux coups de talon sur sa tôle chauffée par le soleil.

– Gabriel !, fis-je. On rentre à la maison.

– Je vous protégerai, répondit-il, répétant une fois de plus la phrase sur laquelle House l'avait bloqué avant de me le confier.

Le robot prit la route à vive allure, balançant ses bras d'arrière en avant pour s'équilibrer et se donner de l'élan. Cette fois, je ne profitai que très brièvement du vent sur mes ternes mèches blondes : une fois les étendues désertiques atteintes, je dus m'équiper de mon casque pour éviter les projections de sable.

À la manière des assassins de la Légion, j'avais confectionné mon attirail à partir de pièces d'armure arrachées à ceux tombés sous mes coups : en l'état, il avait pour base la tristement célèbre « Black Armor » des Rangers vétérans. Ainsi, ma protection capitale en était issue, exception faite du casque proprement dit, remplacé par une version composite plus moderne, et de la visière, débarrassée de son ostensible lumière rouge. La partie corporelle, quant à elle, avait été remontée sur la sous-couche d'une armure de patrouille, pour ses propriétés de régulation thermique ; puis j'y avais adjoint, sous un treillis, des plaques crurales et tibiales, issues d'une version destinée au contrôle des émeutes, et une solide coque pare-balles pour abriter mes attributs. Mon avant-bras droit, celui dépourvu de Pip-Boy, était quant à lui couvert par un poing balistique dépouillé, moins dévastateur mais nettement plus léger que le modèle original.

Par-dessus cet ensemble, j'avais troqué l'élégant duster des troupes d'élite de la RNC pour un plus ample vêtement, une sorte de très longue pèlerine ou de poncho militaire, qui mettait moins en valeur mes épaules étroites, mais dissimulait une partie de mon arsenal, et me protégeait des intempéries. Elle était en outre pourvue de nombreuses poches, et son large col, maintenu relevé par une écharpe terne à carreaux rouges, ajoutait une touche personnelle à ma silhouette suréquipée.

Il m'avait fallu des heures de travail pour pouvoir porter cet équipement : la plupart des armures n'étant pas prévues pour des combattants dépassant à peine les cinq pieds et les quatre-vingts livres. Chaque nouvelle pièce avait dû subir de multiples ré-assemblages, des rognages au laser, du modelage à la plieuse... Ce qui avait souvent outrepassé les compétences que j'avais accumulées en treize années d'existence, me poussant à faire appel à des artisans réclamant des milliers de capsules. Ou un peu de plomb dans le crâne, pour les plus gourmands.

À près de 25mph, nous atteignîmes le Strip en trois quarts d'heure. J'ôtai mon casque et descendis de mon perchoir, qui recommença à me suivre lorsque je pris la direction de l'imposant Lucky 38 ; la vue de cette bâtisse d'un autre temps me rappela celui, plus récent, où j'allais y prendre mes ordres pour modifier les rapports de force de la région au profit de son propriétaire. J'en éprouvai un frisson subreptice.

L'ascenseur central nous déposa au Penthouse en un battement de cils ; je sautai la rambarde et poussai le rideau. House était là, devant moi. Plus exactement, l'immense écran bardé de capteurs et d'enceintes qui lui servait à communiquer avec son unique visiteur. Je me plaçai devant cette débauche de technologie, et sa réaction ne se fit pas attendre.

– Tristan !, s'exclama-t-il de sa chaleureuse voix synthétique. Je savais que tu reviendrais.

– M. House, saluai-je.

– Je vois que tu es un vrai guerrier, à présent. Où est donc passée l'élégance de ce costume que tu portais autrefois ?

– Les survivants du Mojave sont moins friands de mondanités que les touristes dépravés du Strip, M. House.

– Allons, Tristan. Je suis de deux cent quarante-huit ans ton aîné, et je n'ai pas encore ton aigreur. Ne voudrais-tu pas, au lieu de jouer les pince-sans-rire, me dire ce que tu faisais durant tout ce temps ? Je t'aurais volontiers épargné la peine de me faire ce récit, mais ton Securitron a manifestement été affranchi de mon contrôle.

Mes relations avec le milliardaire avaient toujours été pour le moins tendues, et ses paroles sonnaient comme autant de reproches.

– J'étais à l'Est d'ici, dans une planque offerte par le chapitre local de la Confrérie de l'Acier. Chapitre dont j'ai tourné la dernière page sur votre ordre.

– Il me semblait pourtant que cet incident était clos, Courrier. Vas-tu enfin me laisser te féliciter, ou as-tu encore besoin d'une oreille pour tes bons mots ?

Je demeurai silencieux. Certes, il me devait la toute-puissance de son armée et, par là-même, son contrôle sur la région. Mais il avait d'abord refusé de me sacrifier, alors que je n'étais encore qu'un pion sur son échiquier.

– Bien. Au risque de te sembler quelque peu paternaliste, reprit-il sur un ton plus amical, je tiens à te dire très honnêtement que je suis fier de toi. À treize ans, l'ampleur de ce que tu as accompli dépasse le travail de bien des vies.

Son discours fleurait maintenant la flatterie ; je n'avais fait qu'exécuter ses ordres, et les remarquables compétences que j'avais mises en œuvre pour y parvenir n'étaient pas de mon seul fait. Je le laissai poursuivre.

L'ascenseur me ramena à mes quartiers, l'ancienne suite présidentielle située sous le Penthouse; dans mon esprit, les paroles de House tournaient toujours. Il avait loué mon initiative, qualité qu'il appréciait rarement chez ses subalternes. Il m'avait dit que j'étais exceptionnel, que j'avais fait le bon choix, qu'il se félicitait de m'avoir pour lieutenant : il tint d'ailleurs à m'octroyer officiellement ce grade, le seul détenu dans son armée par un autre être humain que lui-même. C'était nouveau : jusqu'ici, il m'appelait son employé. Et étrangement, tous ses compliments ne sonnaient pas faux. Je savais que j'étais extraordinaire; seulement, contrairement à lui, je m'appliquais les deux sens du mot. Il recouvrait en moi toute sa sémantique, qualifiant à la fois mes qualités prodigieuses et mon anormalité.

Quel genre de personne survit sans séquelle à deux balles dans le crâne ? Quel genre d'être humain peut encaisser des tirs d'arme à feu, y répondre, extraire lui-même les projectiles, puis se soigner à l'aide d'un simple Stimpak avant de reprendre le combat ? À treize ans ? Depuis quelques mois, cette conclusion s'imposait à moi : j'étais plus proche des effroyables mutants de Black Mountain que des honnêtes citoyens du Mojave.

Ce raisonnement me plaçait également bien au-dessus des gamins de mon âge, et de beaucoup des adultes ignares de New Vegas. La vie m'avait appris à réparer toutes sortes de choses, à courir vite et à viser juste, mais aussi à pirater des terminaux, réparer des robots et lire des manuels militaires en chinois, ce qui en disait long sur mes capacités mnésiques. J'ignorais exactement ce que j'étais, et ça avait tendance à me provoquer d'effroyables crises d'angoisse ; mais j'avais des aptitudes, c'était certain.

Pas étonnant qu'un homme d'affaires tel que House ait vu en moi une vraie poule aux œufs d'or, pensai-je en m'allongeant tout habillé sur mon lit. Peut-être même avait-il mis à profit son vaste réseau d'informateurs pour en apprendre davantage sur mes origines ; mais cela importait peu. Il venait, en gage de sa gratitude, de me donner accès à une part non négligeable de sa fortune colossale : des centaines de milliers de capsules.

Je me réveillai le lendemain, très tôt ; mon Pip-Boy affichait 5 :34am. Peu étonnant, en même temps, puisque je venais de dormir dix-neuf heures d'affilée. Vaguement empressé, je fis un brin de toilette avant de rejoindre le Penthouse aux lumières déjà éteintes, baigné d'une faible lueur pré-aurorale ; House m'avait demandé de l'y rejoindre dès que possible.

L'écran s'alluma lorsque j'entrai dans la pièce ; House avait-il besoin de dormir, la nuit ? Peu importait, au moins était-il opérationnel. Il prit la parole.

– Bonjour, Tristan. Tu dois être en forme, après une telle nuit.

– Bonjour, M. House, répondis-je simplement.

– Bien ! Si cela ne t'ennuie pas, je vais t'épargner les habituelles fioritures conversationnelles : je t'ai fait venir pour t'offrir la possibilité de continuer à travailler pour moi, si le cœur t'en dit. À présent que nous avons répondu aux problématiques les plus cruciales, il demeure quelques points de détail à régler. En d'autres termes, maintenant que nous sommes débarrassés des fauteurs de troubles de la RNC et de la Légion, il nous incombe de contrôler la région et de la faire prospérer.

Je plissai les yeux.

– Je ne suis ni un gouverneur, ni un commerçant. Je ne vois pas ce que ça a à voir avec moi.

– Ah, vraiment ? Penses-tu que je puisse reconstruire quoi que ce soit sur une terre gangrenée par les trafiquants en tout genre, et sur laquelle prospèrent divers groupes armés indépendants ? New Vegas est pacifiée, mais le Mojave s'étend bien au-delà du Strip, et de Freeside.

– Et votre armée de Securitrons ?

– Elle est à l'œuvre, naturellement. Pour tout ce qui peut être solutionné par une force militaire implacable. Mais tu es plus malin que cela : certains dossiers réclament une attention particulière, notamment lorsque l'emploi de la force brute détruirait des choses que je préfère très nettement avoir sous mon contrôle.

En vérité, je voyais à peu près où il voulait en venir. Ses machines de guerres étaient incapables d'agir discrètement, sans parler d'infiltrer les rangs ennemis. Moi, j'avais détruit un bunker en rejoignant les rangs de ses occupants pour tromper leur vigilance.

– Branche ton Pip-Boy au terminal de ta suite, lorsque tu y retourneras. Tu y recevras une liste d'ordres de mission ; je les ai classés selon leur importance dans les affaires en cours, et le délai dont tu disposes. Bien entendu, tu es libre d'en refuser certains ; mais pense à me le signaler au plus vite. Cela me permettra de trouver d'autres solutions.

– Entendu, fis-je en tournant les talons.

Et je regagnai mes appartements. Lorsque j'effectuai la manipulation préconisée, une interminable liste de tâches défila sur le petit écran ambré, et je constatai avec soulagement qu'aucune fonctionnalité n'avait été négligée : je pouvais trier les missions par intitulé, importance, délai, ou selon des mots-clefs. Cette liberté que m'offrait House me convenait, même si je me gardai bien de le lui faire savoir : c'était une source illimitée d'occupation, mais surtout d'opportunités pour parfaire mes talents. J'en sélectionnai un aléatoirement :

« Radscorpions géants à Goodsprings : Le cheptel local perd chaque nuit de nouvelles têtes, et plusieurs fermiers sont déjà morts en s'attaquant à ces immondices. Allez sur place, trouvez leur nid, et n'en laissez pas un derrière vous. [voir les détails] »

Manifestement, il m'avait également donné les petites besognes ; cela ne m'intéressait pas, alors j'affichai les plus importantes en premier. J'en pris un nouveau :

« Finir le travail : Des survivants de la Confrérie de l'Acier rôdent toujours autour du bunker de Hidden Valley. Les rapports d'observation mentionnent des technologies avancées, parmi lesquelles une armure Tesla en état de marche et un prototype inédit de canon à plasma. Ramenez le matériel. [voir les détails] »

Pas d'autre solution que de tuer tout le monde, ici. À ceci près que l'équipement ne devait pas être abîmé : cela impliquait une longue et fastidieuse traque, puis l'utilisation d'armes à IEM, et enfin le meurtre de ces gens presque respectables, coincés dans leurs armures inopérantes. Je voulais quelque chose de plus palpitant, et de moralement moins répréhensible : détruire le bunker m'avait déjà coûté un petit bout de mon intégrité. Je continuai à chercher :

« Le retour des Raiders : Maintenant que la RNC et la Légion ne contrôlent plus les terres avoisinantes, les bandits sont réapparus, et se sont reformés en innombrables petites bandes, dispersées dans le Mojave. Faire quadriller les 10000km² s'étendant de Jacobstown à Cottonwood est impensable : envoyer les Securitrons dégarnirait le Strip; envoyer des mercenaires serait trop coûteux. Vous savez combien leurs activités portent préjudice aux miennes : réglez le problème. [voir les détails] »

Cette fois, il s'agissait d'un véritable défi : il me faudrait harceler ces pendards, groupe par groupe, dans toute la région, jusqu'à ce que chacun craigne de me voir un jour attaquer son camp. Je mis en stand-by l'ensemble de la liste, et indiquai à House quelle serait ma première tâche. Puis je quittai le Lucky 38.

La mission commençait ici. C'était vague. J'étais au milieu du Strip, et je ne pouvais pas décemment partir à l'assaut de tout le Mojave, ni interroger les passants au hasard pour réduire le champ des recherches : il me fallait obtenir discrètement l'emplacement de quelques camps, les plus gros si possible.

C'est tout naturellement, donc, que je me dirigeai vers le Gomorrah : jusqu'à présent, lorsqu'il m'avait fallu déployer de l'ingéniosité, rien ne m'avait davantage aidé qu'un bon verre d'alcool; et les prostituées, surtout, servaient de réceptacle aux confessions de toutes les personnes de mauvaise compagnie, c'était bien connu. Pas uniquement à leurs confessions, d'ailleurs, mais c'étaient les ragots qui m'intéressaient en l'occurrence. Alors j'ordonnai à Gabriel de demeurer à l'extérieur, lesté de mes possessions, et pénétrai dans le bâtiment.

– Content de vous revoir au Gomorrah, me dit le videur, alors que je fermais la porte derrière moi. Vous pouvez passer, mais il va quand même falloir me laisser vos armes.

C'était la règle sur le Strip : je m'exécutai sans rechigner, ne gardant qu'un 9mm dissimulé dans une poche de ma cape. Le Patron, Cachino, était un bon ami, depuis que j'avais décapité ses supérieurs hiérarchiques : rien n'était censé m'arriver ici, mais il valait toujours mieux être prudent.

Je quittai le hall pour avancer vers le centre de la première grande salle, occupé par un grand brasier surmonté de l'emblème rotatif du Gomorrah, une femme en néons adoptant une pose lascive. À six heures du matin, la nuit n'était pas encore terminée pour les joueurs, qui continuaient à aligner cartes et capsules sur les tables couvertes de velours rouge, témoignant de la popularité du lieu. Jetant un œil amusé sur les parties en cours, je contournai les flammes par la gauche pour atteindre le couloir surmonté d'un écriteau « Brimstone », le traverser d'un pas leste, et me trouver dans une seconde grande salle.

Celle-ci était presque aussi vaste et haute de plafond que la première ; à ma gauche, sur une scène, dansaient plusieurs femmes en talons, vêtues de tenues très courtes et moulantes, affublées de colliers et de bracelets de cuir. Au fond, droit devant moi, deux hommes en costume servaient habilement de grands verres d'un cocktail fluorescent, au bar, tandis que de petits groupes de fêtards ripaillaient toujours, autour des dizaines de tables disposées autour de la scène. L'ambiance était torride et la lumière tamisée, grâce aux torches géantes disposées çà et là; l'atmosphère, quant à elle, était irrespirable, saturée de fumée de cigarettes plus ou moins artisanales. Je m'approchai d'une tablée d'hommes corpulents, sur les genoux desquels se tortillaient des prostitués, hommes et femmes.

– Ladies and gentlemen, lâchai-je dans un sourire, en tirant un chapeau imaginaire. L'un d'entre vous aurait-il l'amabilité de me filer une cigarette ?

– Ooh !, fit l'un d'entre eux, un type calvitié en costume à carreaux, paquet à la main. Dommage que le Gomorrah n'en ait pas des mignons comme toi ! Tiens, sers-toi. Et reviens par ici si tu veux faire un tour sur mes genoux !

Il éclata d'un rire sonore, et mon visage se crispa légèrement; le pauvre homme devait être salement éméché, pour me parler de cette façon. C'était excusable. Je pris une de ses cigarettes, craquai une allumette, et quittai leur compagnie en secouant ma main pour éteindre la flamme.

– Mais t'es con, ma parole !, s'exclama un autre vieux dans mon dos, à voix basse. C'était l'âme damnée de House ! Tu as failli te faire fracasser !

– Et comment je pouvais savoir, moi, hein ?, reprit le premier type, un ton trop haut. Moi j'ai vu un mignon plus mignon que les mignons du Gomorrah... Tu me connais, Karl !

– Et t'en connais beaucoup, toi, des enfants qui se promènent avec tout ce barda ?... Raah, mais quel abruti ! Un jour tu nous feras tous tuer ! Tiens, paie-nous une tournée, pour la peine.

Je continuai ma marche, amusé. Visiblement, mes prouesses au service du milliardaire m'avaient valu une réputation de boucher ; étrange, puisque je n'avais fait jusqu'ici que du travail d'assassin, sans jamais perdre mon sang-froid sur le Strip. Bon, sauf en massacrant Benny et sa clique au Tops, ils l'avaient bien cherché. Et en trucidant Big Sal et Nero ici-même, au Gomorrah. En fait, si, j'avais bien mérité ma réputation. Tant pis, en fin de compte, au moins étais-je respecté.

– House Jr !, s'écria Cachino, dont je n'avais pas remarqué la présence à une table voisine. Il y a longtemps qu'on avait pas vu ta petite tête. Qu'est-ce que tu veux ?

– Je vais avoir pas mal de trucs à régler hors du Strip dans les prochains jours. Il me faut une bonne bouteille et quelqu'un à qui parler. Enfin, une fille qui connaît bien tout le beau monde de New Vegas, tu vois ce que je veux dire.

– Tu veux des ragots ? On doit pouvoir te trouver ça. Prends la suite libre, à l'opposé de la mienne; je t'enverrai ce que t'as demandé. Tu prends l'ascenseur derrière moi, tu vas à gauche, tu montes l'escalier, encore à gauche, et tu prends l'ascenseur à ta droite, vers les suites. Enfin, je t'apprends rien, t'es chez toi.

Je hochai la tête; en vérité, il avait bien fait de me rappeler le chemin, je n'en avais aucun souvenir. Lorsque l'ascenseur arriva, je tournai encore la tête dans sa direction.

– Hé, Cachino !, l'interpellai-je. Une fille, pas cinq ! C'est pas tenable, autrement.

Il eut un sourire entendu et haussa les épaules, alors que les portes se refermaient sur moi. Je suivis son itinéraire à la lettre, répétant mentalement chaque étape pour ne pas me perdre bêtement dans les couloirs labyrinthiques. Alors que je montais l'escalier, je retrouvai l'atmosphère glauquissime de cet endroit familier : de tous les côtés, on entendait des cris de jouissance à peine étouffés par les murs. Je reconnus ceux des employés du bordel, simulant l'orgasme à grand renfort de cris suraigus ou de grognements obscènes, suivant leur sexe. Je distinguai également ceux des clients et clientes, sûrement plus authentiques. Les écouter en déambulant dans les couloirs, c'était un de mes plaisirs secrets chaque fois que je venais ici : je savais que c'était sale, mais j'aimais bien, au fond.

Ces marches passées, je tournai à gauche : sur ma droite, le chemin se poursuivait en direction de l'ascenseur; en face de moi, une salle pleine de divans, de coussins et de banquettes. Je m'approchai jusqu'à l'entrebâillement de la porte, par curiosité : l'endroit était vaste, le sol couvert de larges dalles de parquet, les murs bordeaux richement décorés de fresques couleur sable. Sur le mobilier à l'apparence confortable, ici et là parmi les palmiers, plusieurs personnes semblaient prendre du bon temps. Un homme vêtu de gris, assis sur un tabouret de velours à ma droite, se faisait paisiblement sucer, une cigarette entre les doigts de la main qu'il gardait sur la tête de sa blonde en bustier noir. Son engin allait et venait entre des lèvres baveuses, sans qu'il semble s'en soucier plus que de raison. À l'autre bout, une grosse femme en tailleur bleu marine se faisait troncher par un homme velu, habillé en strip-teaser; elle l'avait entouré de ses cuisses épaisses, et gémissait comme une dépravée à chaque coup de reins, qui l'enfonçait un peu plus dans l'amas de coussins. Au centre, c'était un quinquagénaire en surpoids, coiffé d'un long toupet façon cache-misère ; il sodomisait sans ménagement un garçon chétif, lui aussi habillé en tapin, qui semblait passer un très mauvais moment.

Tous jetèrent un bref coup d'œil dans ma direction, mais retournèrent bien vite à leurs occupations, constatant que je ne leur voulais rien de spécial. Tous, sauf le sodomite au milieu, qui me fixait maintenant avec insistance, sans cesser de besogner l'infortuné gigolo. Par défi, je m'approchai : la scène me choquait profondément, mais j'avais quelque chose à prouver : je ne voulais pas que ce répugnant personnage s'imagine m'avoir mis mal à l'aise ne serait-ce qu'un instant. Un large sourire éclaira son affreux visage rougi par l'effort du coït.

– Hmm-, grogna-t-il à mon attention. Tu veux un bon coup de bite, toi aussi... ?

Je demeurai interdit. Visiblement, tout le monde ne me connaissait pas, ici. Ou peut-être cet homme-là n'en avait-il rien à foutre.

– T'imagines pas, reprit-il, comme je vais te la mettre-... bien-... profond... !

À chaque pause dans sa phrase, il enfonçait encore plus loin son épais membre viril dans le boyau de l'adolescent; j'eus un rapide regard sur cette pénétration violente. Moi, ça ne me tentait pas spécialement, ça me gênait même beaucoup, et j'appréciais de moins en moins la façon dont il me parlait. Je tâchai de garder mon flegme, cherchant une répartie de qualité qui ne vint pas tout de suite, tandis qu'il me déshabillait entièrement du regard en s'attardant sur mon entrejambe.

– Viens, montre-le moi, ton petit cul-... de-.. salope-... que je le te défonce bien comme y faut. Je vois bien que tu la veux-... ma grosse-... bite... ! Avec ta jolie petite gueule... !

Il semblait très excité d'enculer un gamin en ma présence ; le fait de m'insulter faisait sans doute partie de son plaisir, et je ne doutais pas une seconde qu'il m'imaginât entre ses jambes à ce moment précis, à la place de son jeune éphèbe. Ça me donnait franchement envie de vomir, mais c'était vaguement excusable. En revanche, je n'avais aucune tolérance à l'irrespect, a fortiori en public : les autres clients semblaient maintenant nous observer avec attention, attendant le spectacle.

– Tu pourrais pas me baiser, assurai-je sur un ton résolument calme, qui devait cependant laisser paraître mon agacement. Même si j'acceptais de coucher avec un énorme sac comme toi.

– Mmh~, gronda-t-il, enfoncé jusqu'à la garde dans le fondement de son partenaire. Et moi, je crois que je pourrais te faire-... aimer ça, mon garçon...

– Non, fis-je, catégorique. Tu pourrais pas.

Il transpirait à grosses gouttes; j'approchai ma main de sa sale tronche, et effleurai sa joue mal rasée du bout de mes doigts, maintenant certain du trait que j'allais lui tirer.

– Raah... !, cria-t-il à pleins poumons, déversant ce qui me sembla être des litres de semence dans l'orifice qu'il malmenait depuis un bon moment.

– Tu tiendrais pas une seconde, gros porc !, aboyai-je puérilement en lui crachant au visage.

Il se laissa choir au sol, avalant d'un coup de langue mon crachat qui dégoulinait sur sa peau, et éclata d'un rire sardonique. C'était vraiment immonde. Pour le faire taire, je tentai de lui écraser le visage du talon... et la raclure attrapa ma jambe, m'étalant au sol avant que j'aie pu réagir.

– Tu sais pas qui je suis, petit !, hurla-t-il en se relevant pour me saisir par les cheveux.

Je me débattis, mais il avait une force de brahmine : sûrement était-il un ancien combattant. Moi, le corps-à-corps n'avait jamais été ma spécialité, ce qui expliquait mon utilisation récurrente du poing balistique. Comme s'il avait lu mes pensées, il s'exclama :

– Ah, tu fais moins le malin sans tes saloperies de jouets, hein ! Je savais bien que t'étais pas du tout un guerrier !

Cette humiliation était cuisante. Mes mains, passées derrière ma tête, saisissaient inutilement son épais avant-bras, qui ne tarda pas à me cogner violemment la tête contre le parquet, y laissant une marque rouge. Sonné, je tâchai de reprendre mes esprits, ne parvenant plus à me débattre. Je sentis ses gros doigts relever le tissu de ma pèlerine.

– Ça fait des mois que tu te pavanes sur le Strip, et maintenant tu vas déguster, sale petite merde prétentieuse...

Il s'attaquait maintenant à mon treillis, foutant fébrilement en l'air mes multiples ceintures et protections. C'était intolérable : je ne pouvais rien faire, à part tourner péniblement la tête pour constater avec horreur que son effroyable mandrin reprenait de la vigueur. Sans doute était-il craint par ses pairs, puisque la grosse femme dans le coin et l'élégant à l'entrée n'esquissèrent pas le début d'un mouvement pour m'aider. Le garçon précédent, lui, était toujours étalé au sol, de longues coulées de foutre s'étalant entre ses cuisses, depuis son orifice béant. Merde, je n'allais pas finir comme ça ! Seul mon sous-vêtement me séparait à présent de mon agresseur, qui masturbait son sexe massif, strié de veines saillantes, en m'observant avec concupiscence. Et je ne pouvais pas sortir mon arme : dans un casino, c'était une déclaration de guerre.

– Je viens de juter, alors ça va durer des heures, petite pute !, se félicita-t-il par avance. Tiens, et tu vas me regarder, pendant que je te farcis le trou... ta petite gueule d'ange me fait bien bander. Qui sait, peut-être que je me finirai dessus...

À ces mots il me retourna comme un rien, saisit mes maigres jambes devenues flasques, et les posa sur chacune de ses épaules, lâchant temporairement sa queue palpitante qui commença à frotter contre mes miches. Puis il glissa ses doigts sous l'élastique de mon caleçon, pour tâter mes attributs : ce fut sa dernière erreur. Constatant que ses mains étaient occupées ailleurs, j'armai ma jambe droite, et lui décochai un coup de mon pied toujours botté, avec ce qu'il restait de mes forces. La semelle rigide heurta sa mâchoire, qui émit un craquement sinistre.

– Ouh... ça picote..., remarqua l'homme en costume, qui avait remonté sa braguette.

Mon assaillant tomba à la renverse, les mains sur son double-menton désarticulé. Cette fois, c'était à mon tour de me relever, le visage ensanglanté et inexpressif. Je remontai mon froc, fis quelques pas, levai de nouveau la jambe, et écrasai ses couilles contre son abdomen : l'exécrable individu hurla comme il put, la trachée obstruée par ses chicots jaunes. Alors je m'assis derrière lui en tailleur, posai sa tête sur mes genoux, et fis craquer son cou une dernière fois, abandonnant son cadavre secoué de spasmes pour reprendre le chemin de la suite. Tandis que les deux spectateurs quittaient paisiblement la salle, sûrement pour poursuivre ailleurs leurs activités.

Ma réputation avait bien failli prendre un coup fatal. S'il était parvenu à me violer en public, jamais plus je n'aurais eu une quelconque crédibilité sur le Strip : au lieu de ça, on se souviendrait de moi comme un gamin ayant tué son agresseur à mains nues. C'était parfait.

Essoufflé et toujours sous le choc, je finis par atteindre l'ascenseur, qui m'amena au niveau des chambres : les cris de jouissance y étaient plus intenses encore qu'à l'étage précédent. Je pris sur la gauche, adressant un signe de tête à un garde qui me regarda bizarrement, les yeux plissés. Enfin, je poussai la double-porte de la suite, que l'on ferma derrière moi : les bruits cessèrent, sûrement étouffés par celle-ci.

La prostituée était assise sur le canapé, dans le grand salon, à ma droite en entrant. Elle n'était pas mal, pour une pute : une vingtaine d'années, mince avec ce qu'il fallait là où il fallait, cheveux au carré, pas trop de maquillage et des vêtements noirs ridiculement courts. Foulant la luxueuse tapisserie parsemée de moisissures, je lui fis signe de venir; elle se leva, et je m'assis à gauche, en face de la table sur laquelle une partie d'échecs était restée en plan.

La catin apporta, ainsi que je l'avais demandé, une bouteille et un verre propre, qu'elle posa en face de moi. D'après l'étiquette, c'était quelque chose de pas mauvais : je me servis tandis qu'elle s'appuyait lascivement au dossier.

– Tu sais jouer ?, lui demandai-je en désignant le plateau.

– Pas à ça, fit-elle. Mais je pourrais t'apprendre des tas d'autres jeux, si tu veux...

– Non, merci, rétorquai-je en observant la partie. Contente-toi de me répondre, ça ira.

Elle soupira et vint s'asseoir en face de moi, de l'autre côté de l'échiquier.

– C'est pas mon job, se plaignit-elle.

Moi, j'observais les pions en buvant de petites gorgées; je m'allumai les deux tiers d'une cigarette, qui traînaient dans le cendrier, avec une allumette restée sur la table. Puis je relevai les yeux vers elle, qui me fixait manifestement depuis un petit moment.

– Tu es plein de sang, boy... C'est encore chaud. Tu t'es battu ?

– J'ai fracassé un vieux qui voulait... C'est sans importance. Mais il m'a un peu arrangé.

– Mmh, bagarre de bordel, résuma-t-elle d'une voix crépitante, comme si ça l'excitait. Qui aurait cru qu'un si jeune garçon pouvait-être aussi viril ?

Je souris : on m'avait dit des filles du Gomorrah qu'elles suçaient aussi bien au sens propre qu'au sens figuré. Au départ, le trait d'esprit m'avait échappé, mais je le saisissait à présent.

– Cachino t'a peut-être dit, commençai-je.

– Oui, il m'a dit. Tu veux des infos. Et moi, je suis une pute, pas une indic.

– Une indic ?, interrogeai-je.

– Une balance, gamin. Quelqu'un qui lâche des trucs sur les gens qu'elle connaît pour aider d'autres gens à leur chier dans les bottes.

Ce fut à mon tour de soupirer. Oui, je devais malmener des tarés avant qu'ils ne mettent le Mojave à feu et à sang. Mais je ne pouvais pas le lui dire.

– Écoute, fis-je avec résignation. Comme je connais Cachino, il t'a payé une passe juste pour que tu viennes bavarder ici. C'est pas parce que je suis petit que je suis con. Alors je vais doubler ta paye, mais tu ferais mieux de ne rien oublier.

– Vingt mille capsules, me provoqua-t-elle en haussant les épaules, agitant ses mèches teintées de violet.

– Bon, je crois que tu as mal compris que j'essayais d'être gentil, grommelai-je. On recommence : Cachino t'a payé une passe juste pour que tu viennes bavarder ici, alors tu vas me répondre, ou tu vas devoir trouver un autre bordel dans la journée. Ton boss m'écoutera, fais-moi confiance.

Elle leva les yeux au ciel et se recoiffa.

– Vas-y, vas-y, pose les, tes questions. T'as perdu quoi, ton nounours ou ton paquet de clopes ?

– Déjà, un truc important. Tu dis à personne qu'on a parlé. En échange, personne saura d'où j'ai mes infos; ça devrait t'éviter une ou deux balles dans le crâne. Moi, ça m'a pas tué, mais en général c'est ce que ça fait.

– T'es encore un gosse, souffla-t-elle. Tu comprends rien à rien. Pourquoi j'irais me foutre une cible dans le dos toute seule ?

– J'en sais rien, je veux juste être sûr. Bref, est-ce que des raiders viennent ici ?

– Des raiders ? Comment tu veux qu'ils rentrent sur le Strip ? Non, bien sûr que non.

– Ouais, je m'en doutais un peu. Des gens qui commercent avec eux ?

Elle détourna le regard pendant une fraction de seconde, et croisa ses bras.

– Possible, fit-elle en haussant les épaules.

– Donc oui. Je me fous de qui c'est, donne moi un lieu.

– Quoi ?

– Le camp des raiders. Où ?

– J'en sais rien.

Je regardai le sol, soufflant en me tapotant la tête.

– Je reprends : où est le camp ?

– Je sais pas, je t'ai dit !

– Alors où les échanges se font-ils ?

– Sais pas.

– Cette fois-ci tu ferais mieux de répondre, m'agaçai-je. Il opère dans quel coin, ton marchand ?

– ... À l'Est de Primm, il revient toujours de là-bas, à ce qu'il dit. Il vient revendre sa came ici, mais ça, tout le monde le fait, donc j'imagine que tu t'en fous.

– Oui, acquiesçai-je avec un sourire.

Il n'y avait justement, à l'Est de Primm, rien d'autre que des montagnes. En théorie. Probablement, donc, des raiders s'étaient-ils installés là-bas : ces gens étaient généralement trop stupides pour faire leur commerce loin de chez eux. En tout cas, ils étaient à vingt, ou trente miles au Sud d'ici. Et si leur receleur avait effectivement ses entrées sur le Strip, sûrement s'agissait-il d'un clan d'importance. Je tenais ma première piste.

– Bon. Et qu'est-ce qu'ils lui vendent, ces raiders, à ton client ?

– Aucune idée.

– Mh, grognai-je. Que vend ton client ici, sur le Strip ?

– Pas mal de choses. Des bouteilles au Tops, des armes à Mick & Ralph's... sûrement quelques fringues, j'en sais rien.

– Mouais.

Je l'interrogeai encore durant plusieurs minutes, tâchant de ne pas délivrer trop d'informations sur la réelle nature de mes motivations : la fille ne savait rien de plus. C'était maigre, mais c'était déjà ça. Après un petit quart d'heure de discussion à peine productive, je choisis d'arrêter de perdre mon temps.

– Ça ira comme ça, dis-je en cherchant mes capsules dans l'une de mes poches. Je vais arrêter de t'emmerder, je verrai ce que je peux faire avec ça.

– Vraiment désolée, petit gars. Si j'avais pu t'aider un peu plus, je l'aurais fait, mais...

– C'est bon, c'est bon, lâchai-je en déposant une grosse poignée de ces déchets métalliques. Tu m'as dit ce que tu savais, c'est déjà bien.

Son regard brilla lorsqu'elle vit le pactole : j'avais doublé le prix indiqué sur la devanture, celui payé par le client. Naturellement, les filles ne devaient en toucher qu'une petite part, comme en témoignait son attitude face à ce petit tas de fric.

– Tu me donnes tout ça ?, s'étonna-t-elle, levant enfin les yeux de sa récompense.

– Je suis généreux avec les gens honnêtes.

– Bordel..., ajouta-t-elle presque silencieusement, en se levant pour contourner la table.

Elle se planta une seconde face à moi, puis plia le genou pour se placer à ma hauteur. Je l'observai placidement.

– Tu sais, petit, j'suis plutôt une poule de luxe : en général, c'est pas les clochards crasseux qui me mettent la main au panier... Mais je te promets que j'ai déjà couché avec des types vingt fois pires que toi pour vingt fois moins.

Je la regardai sans trop bouger, assez mal à l'aise. Comme moi, elle vendait ses services aux riches du Strip. Je n'aurais cependant échangé nos places pour rien au monde : je préférais risquer ma peau que vendre mon cul. Mais elle, elle n'avait pas le choix, et cette réalité faisait naître en moi une gêne profonde. Elle posa sa main sur l'intérieur de ma cuisse.

– T'es un petit gars courageux et malin, qui s'attaque à un très, très gros morceau. Laisse-moi te faire passer un bon moment, avant de partir. Toi, au moins, tu mérites.

– Euh..., hésitai-je.

– Tu t'es jamais fait sucer ?, demanda-t-elle avec ce qui ressemblait à un relent de tendresse complètement incongru.

– Ben... non, jamais, repartis-je, déconcerté.

– Alors je te fais découvrir ça.

Elle commença alors à défaire mes multiples ceintures, mon pantalon, et ma coque, solide harnachement très fonctionnel mais peu adapté à ce type de frasque. Moi, j'hésitais : tremper le biscuit, c'était fait, aussi ne risquais-je pas de perdre mon pucelage avec une putain. L'honneur était sauf. Mais quand même, payer pour ça... c'était triste. Et j'étais jeune.

– Arrête, je suis pas venu pour ça... je paye pas les femmes pour coucher avec, je suis pas comme tes clients... et je suis un gosse.

Elle sourit presque affectueusement.

– Quel gosse ? Tu bosses pour House. Tu chasses les raiders : t'es un homme, un vrai. Pas comme ces porcs qui passent leurs journées dans un bordel.

Comme je continuais d'afficher une moue dubitative, elle reprit.

– Et puis, tu m'as payée pour des infos. Je te suce parce que j'ai envie, je vois bien que t'as pas besoin de payer pour coucher, toi. Avec ta jolie p'tite gueule.

Elle finit par atteindre mon caleçon, sur lequel elle fit glisser ses doigts; elle caressa toute la longueur de mon sexe, qui prenait de l'ampleur depuis qu'elle avait posé la main sur moi.

– Je m'attendais à plus petit, avec un garçon de ton âge, susurra-t-elle en m'adressant un clin d'œil.

– Flatterie, notai-je.

– Le prends surtout pas comme ça, cutie !, se défendit-elle en tirant ma queue de sous le tissu. Je te mens pas.

Une vague de chaleur parcourut mon bas-ventre lorsqu'elle commença à la caresser, lentement, gardant une poigne légère mais assurée. Sous ses doigts experts, ma peau glissait tranquillement le long de ma tige de chair... c'était délicieux.

– Tu en as vu beaucoup, des « garçons de mon âge » ?, questionnai-je, rougissant.

– Non, pas du tout, même. Mais comme ça, je dirais que tu as... cinq pouces. Y'a pas mal d'hommes qui ont pas beaucoup plus.

Flatterie ou non, j'avais mon petit ego, et ses paroles étaient très satisfaisantes. Moi, j'en avais une grosse pour mon âge ? Ce n'était généralement pas là-dessus que j'étais complimenté, mais ça m'allait aussi.

Je fus un peu surpris lorsqu'elle cracha dans sa main; je compris lorsqu'elle fit courir son pouce en cercles concentriques, me contraignant à diverses contorsions sous l'effet du plaisir. Le supplice ayant assez duré, elle emboucha mon chibre silencieusement, m'arrachant un gémissement qu'elle fut sûrement la seule à entendre. Ses mains caressèrent mes testicules, plutôt ramassés dans leur sac de peau imberbe, et mon pubis, qui s'ornait d'une pilosité claire, à peine visible. Je sentis sa langue entourer ma hampe, triturer chaque petit nerf, chaque veine imperceptible, chaque pli de ma peau. Mes jambes frêles tremblotaient, mes mains se crispaient dans ses cheveux. Parfois même, saisi d'une frisson plus intense que les autres, j'appuyai sur son crâne, ou donnai un coup de reins pour m'enfoncer plus loin encore dans sa gorge. La salive coula à flots, jusqu'à chatouiller mon aine au moment de l'orgasme : lorsqu'il survint, elle me garda d'abord entre ses joues, me regardant droit dans les yeux tandis qu'un premier jet de ma semence s'écrasait contre son palais. Puis elle relâcha son emprise buccale, et se laissa asperger des deux giclées suivantes. C'était plus abondant que d'habitude, nettement : quelques minces filets dégoulinaient à présent, étalés entre son front et son menton par les derniers spasmes de mon membre, qu'elle avait laissé librement glisser un peu partout contre son visage. Puis elle se releva, parée de mon foutre juvénile, m'embrassa sur la joue, et quitta la salle. Je restai seul, vide, affublé d'un sourire béat.

Je quittai le Gomorrah vers sept heures du matin; on me rendit mon arsenal. La route étant longue, je partis immédiatement pour Primm : de toute manière, l'essentiel de ce dont j'avais besoin pour survivre se trouvait encore dans les besaces de Gabriel. Ayant été mon compagnon d'exil, il portait le nécessaire : réchaud, condensateur, tente, sac de couchage, eau, stimpaks, radaways, un peu de nourriture, quelques armes. Entre autres.

Sur son dos, quelques minutes me suffirent pour quitter le Strip : le coin de Vegas entretenu par House n'était finalement qu'une bande de béton d'un peu moins de deux miles de long, pour une de large tout au plus. Mais bon sang, ce microcosme en mobilisait, de la ferraille : un peu partout dans les allées bardées de néons et de gratte-ciel, parmi les passants matinaux habillés à la mode d'avant-guerre, circulaient des dizaines de machines affichant des visages de soldats. Comme toujours, la paix régnait. Puis j'atteignis Freeside.

D'après ce que j'avais pu lire, l'essentiel de la ville d'origine tenait dans un carré de vingt miles de côté. Mais l'avant-guerre n'était plus : quelques bombes, puis deux siècles de délabrement, avaient réduit cet espace à un ensemble hétéroclite de bâtisses en ruines et de constructions artisanales, s'étendant autour du Strip dans un rayon de deux miles. Lorsque s'ouvrit la porte vers ce secteur moins reluisant, comme à l'accoutumée, je pus constater la misère des squatters. Tassés dans les édifices les moins vétustes ou campant à même les vastes allées, ils vivaient dans la crasse, dépendants des largesses de la RNC, de leur agriculture de subsistance ou de leurs larcins. Et il y en avait des tas, sûrement des milliers.

Las de ce morne spectacle, j'empruntai finalement la grande autoroute vers le Sud, immense fil de bitume large de sept voies. Gabriel dut louvoyer pour éviter les crevasses, quelques caravanes de marchands, les carcasses d'automobiles, et de nombreux bivouacs aux braseros puants.

Les campements disparaissaient à mesure que nous nous éloignions ; plus exactement, leur implantation se faisait sporadique. C'était compréhensible : Freeside n'était pas un lieu sûr, mais les Securitrons n'étaient jamais loin, prêts à faire régner l'ordre ; deux miles au Sud, c'était l'anarchie. Rejetés par les occupants des abords surpeuplés du Strip, certains groupes s'établissaient ici, espérant, du va-et-vient quotidien de mercenaires, quelque protection contre les pillards. Indubitablement, cette stratégie présentait des limites : à ma droite, derrière le panneau vert plié de la sortie 34, fumaient les restes d'un camp.

Je tapotai le blindage de ma monture, qui prit la direction voulue, m'accordant une meilleure vue sur le carnage. C'était à peine descriptible, mais je reconnus un style très aérien, assez caractéristique : suspendus à des chaînes, fixés partout où cela était possible, des corps humains plus ou moins complets se balançaient au vent. Au sol gisaient des dépouilles dénudées, au crâne souvent fracassé : essentiellement des femmes, quelques hommes, quelques enfants, atrocement mutilés et manifestement violés. J'ignorais dans quel ordre, mais j'avais ma petite idée, et une sérieuse envie de vomir.

Primm n'était pas ma destination : je savais la ville presque déserte, contrôlée par l'armée de House, pour éviter l'installation des poudriers fugitifs. Alors je quittai la route une bonne mile en avance, réduisant la vitesse de Gabriel pour ne pas soulever trop de poussière; ce fut le début d'un fastidieux travail de recherche. Il me fallut effectuer de vastes boucles dans les étendues désertiques, pour être sûr de ne pas passer à côté de ma cible. Régulièrement, je m'arrêtai, tendant l'oreille pour discerner, éventuellement, un bruit suspect. La zone était vaste et escarpée, si bien qu'il me fallut des heures pour percevoir quelque chose.

Ce n'est donc qu'en fin de journée, lorsque les roches prirent une teinte rouge jurant avec la pâleur aréique des sols, que me parvinrent d'effroyables exclamations enthousiastes. Elles étaient lointaines, mais il me fallut peu de temps pour estimer la trajectoire de leurs auteurs et me dissimuler. Alors j'attendis.

Du stockage arrière de ma machine, je tirai le Gauss; sa lunette me permit, depuis ma position surélevée, de suivre le terrible défilé qui se faisait en contrebas. C'était une troupe d'une dizaine de raiders, hommes et femmes, un groupuscule hétéroclite dont le seul point commun était un paquetage peu conventionnel. Tous exhibaient des armures de pièces et de morceaux, enchevêtrements fonctionnels de plaques hérissées de vis, attachées à leurs corps par diverses cordes ou ceintures de cuir. Cet épouvantable attirail était porté sur divers vêtements, du treillis rapiécé aux simples bandages, laissant souvent plusieurs parties du corps dénudées; certains étaient parés de masques à gaz, de casques d'aviateurs. D'autres se contentaient d'une casquette et d'une écharpe. Je vis passer quelques têtes tranchées, pendouillant nonchalamment aux ceintures des bandits; l'un d'entre eux utilisait un panneau de signalisation comme bouclier, fixé à son avant-bras. Leur arsenal variait des plus simples armes de poings aux imposants lance-roquettes.

La lugubre procession traçait sa route entre les monts ; quelques charrettes à bras croulaient sous ce qui semblait être un important butin, caché par de larges bâches trouées. Au milieu de ces inquiétants personnages, marchait une demi-douzaine de personnes des deux sexes et d'âges variés, mains liées dans le dos. Une forêt d'armes blanches, machettes et couteaux, lances et massues, ne manquait pas de les aiguillonner lorsqu'ils se faisaient trop lents. Constamment perché, abrité derrière le roc, je choisis de leur filer le train.

Ils ne tardèrent pas à me mener à leur campement, dont je notai la position, six miles à l'Est de Primm. Je fis alors diverger ma course de la leur, pour faire d'un pylône électrique, au sommet d'une colline voisine, mon point d'observation. Je pus alors, moyennant quelques menus réglages, épier leur entrée dans le retranchement.

Les pillards avaient élu domicile dans une gare d'urgence désaffectée, petit complexe fait d'une bâtisse, d'une grue et de quelques traverses, flanqué d'un château d'eau rudimentaire. Je ne savais rien de l'apparence originelle de cet endroit, mais sans doute était-il méconnaissable : ceint d'un amoncellement de détritus faisant office de palissade, élargi par cinq tentes de tailles variées, et orné de décorations douteuses à base de carcasses, il avait fait les frais du mauvais goût de ses propriétaires.

L'expédition finit donc par rejoindre sa tribu, à la nuit tombée; marchant le long des rails, elle parvint à la porte, tôle ondulée lestée de sacs de rocs, qui fut ouverte par un portier singulier : engoncé dans un écheveau confus de radiateurs en fonte et de pièces robotiques, il faisait apparemment office de soldat lourd. Précédemment assis autour de quelques bidons enflammés, occupés à déguster des mets à l'origine douteuse, les autres se levèrent pour les accueillir. Je présumai que les larrons revenaient d'une entreprise de longue durée, au vu des embrassades qui suivirent ; ou peut-être était-ce lié à la qualité de leurs prises du jour. L'œil vissé à mon oculaire, je surveillai le reste de la rencontre.

Au terme d'un interminable repas de fête, plusieurs des funestes convives tenaient à peine debout; j'avais assisté à la division des bouteilles ramenées par la fine équipe, entre la vente et la consommation personnelle, et ils ne s'étaient pas privés. Pendant ce temps, leurs captifs étaient demeurés là, enchaînés aux poutres métalliques, maintenus assis par la faible longueur de leurs liens. Les restes leur furent jetés, alors que les plus agiles brigands escaladaient ce qui pouvait l'être pour allumer quelques brasiers, préalablement disposés pour éclairer le lieu.

Ils étaient saouls, il était tard, ils venaient d'illuminer leur position; j'étais en hauteur, armé d'un fusil à longue portée, Gabriel dans les parages. Toutefois, je renonçai à l'idée de leur tomber dessus immédiatement : j'étais en infériorité numérique, par un homme contre trente. Et ils avaient des bêtes, d'étranges chiens tachetés aux oreilles rondes et au museau sombre, qui ne m'inspiraient pas confiance. Pour détruire ce camp, il serait préférable de mettre en mouvement quoi que ce soit qui puisse rouler sur ces rails, bardé d'explosifs. Mais je n'en étais pas là : d'abord, il me fallait connaître l'ennemi.

J'en étais là de ma réflexion lorsque sortit, de l'unique bâtiment en dur, une silhouette qui se démarqua de toutes les autres; je tentai de forcer le grossissement, mais j'y perdis en netteté. C'était une femme métisse, relativement jeune, à la physionomie et au maintien irréprochable. Elle marchait d'un pas lent, dans le dos des raiders qui se réjouissaient de voir leurs victimes bâfrer comme des animaux, à même le sol. Vêtue d'un long blazer charbon ajusté sur une chemise immaculée, au col fermé d'un ruban noir, elle considérait l'attroupement, ses nombreuses nattes flottant autour de son visage, au gré du vent. Lorsqu'elle siffla, le silence se fit.

Je ne pus saisir, à cette distance, la teneur de son discours. Les acclamations des truands laissèrent toutefois peu de doute quant à son rôle de meneuse. Quand elle eut fini de parler, elle alla s'installer sur une chaise chargée de fourrures, une sorte de trône de fortune, d'où elle devint observatrice. Son clan, en effet, se massait au centre du camp, dans une clameur ardente. Alors un homme noir, torse nu, vêtu d'un long tasset de cuir rouge ouvert sur une cotte à motifs beiges, traîna ses sandales ferrées jusqu'au coin des otages; il défit les liens d'une femme, une petite blonde menue aux cheveux courts, la jeta au cœur de l'assemblée, et reprit sa place dans l'assistance. Les regards se tournèrent vers la dirigeante, qui avait croisé ses longues jambes; elle finit par tendre l'index, désignant un membre de sa horde.

L'élu rejoignit le centre du cercle, dominant la prisonnière entravée, recroquevillée dans le sable. Sans ménagement, il la redressa, tirant ses longs cheveux encrassés pour la mettre à genoux. Elle baissa la tête; une claque violente la lui fit relever, et souleva quelques rires gras. Son agresseur était l'un des membres de l'expédition, un gars massif, masqué, avec des lames de scie circulaire sur les épaulettes; sûrement s'agissait-il d'un forme de récompense. Empressé, il défit fébrilement sa ceinture, laissant choir la coquille qu'il portait par-dessus son pantalon; le vêtement lui resta à mi-cuisses, il ne prit pas la peine de s'en défaire. Naturellement, il ne portait pas de sous-vêtement : son organe bandé, turgescent, frottait maintenant la joue de sa victime, qui détournait le regard.

« Suce, putain ! », entendis-je de mon perchoir, tant le raider hurla. Moi, mon fusil commençait à me peser sur les bras; je me trouvai con lorsque je me rappelai la présence d'un puissant zoom dans les outils embarqués par mon casque. Évidemment ! Comment, autrement, les rangers pourraient-ils abattre leurs cibles ? Certainement pas avec l'encombrante mire du brush gun. L'arme fut donc rangée dans mon dos, et je pus m'asseoir plus confortablement pour guetter la suite des événements, une simple pression sur la commande latérale actionnant un dispositif remarquablement efficace.

La fille avait donc fini par prendre le sexe en bouche. Entre ses lèvres, la crapule allait et venait, donnant de vigoureux coups de reins qui lui secouaient la gorge; la salive s'écoulait par la commissure de ses lèvres, rejointe par d'abondantes larmes. Autour, le bataillon s'égosillait d'enthousiasme. Enfin, l'affreux type lui éjacula au visage, la couvrant d'un épais fluide blanc qu'il dirigea en tenant son large membre à la base; il la remercia d'un coup de pied dans les côtes, qui la laissa face contre terre. Visiblement satisfaite, la cheftaine siffla, quitta son promontoire, et retourna vaquer à des occupations que je ne pus distinguer.

Cela sonna l'ouverture d'une sorte d'anarchie copulatrice : librement, chacun alla se servir parmi les misérables séquestrés, dans un concert de jurons et de jappements empressés. La première fille n'eut que peu de répit : deux guerriers la saisirent par les épaules, l'entraînant dans un coin excentré, où ils entreprirent de lui dénuder le fondement. Quittant seulement les fractions les plus importunes de leurs hideux caparaçons, ils ne tardèrent pas à la prendre sauvagement, à tour de rôle, contre les restes d'une palissade de ciment; usant alternativement l'un ou l'autre orifice, ils se relayèrent pour lui faire passer le pire moment de sa vie. Puis, ne s'embarrassant d'aucune forme de convenance, ils conclurent leur coït bestial dans la poussière, à deux sur elle, emplissant ce qui put l'être de chair et de semence. Naturellement, elle se débattit : ses tentatives désespérées se soldèrent inlassablement par des hématomes, qui tinrent compagnie aux balafres laissées par les vis des armures; la seconde femme capturée subit un sort très similaire, quelque part sous un auvent.

Les hommes ne furent pas non plus épargnés; le cheptel en comptait deux. L'un d'entre eux était un quinquagénaire très sec, dont le visage anguleux et fier était rasé de près : il fut passé à tabac par un grand noir, barbu et charpenté, qui finit par l'immobiliser sur les rails, une main sur chaque poignet. Ses épais dreadlocks, piqués à l'arrière de son crâne par ce qui semblait être un os, chatouillèrent ses épaules lorsqu'il se pencha sur sa proie. Lentement, sans aucune préparation, il força l'entrée, arrachant au pauvre type un hurlement affreux; lorsqu'il eut enfin fait pénétrer tout le volume de son engin, il le besogna interminablement, avec une lenteur frisant le sadisme. Les dents serrées, l'infortuné gaillard ne put que subir tous les assauts; il fut finalement laissé à son sort, dans la terre, affreusement dilaté et rempli. Mais son calvaire ne prit pas fin : il n'y avait que six captifs pour une trentaine de bandits, et un deuxième raider vint prendre la place du premier.

Le second gars, plus fringant malgré ses vieilles fripes, avait moins d'une trentaine d'années. Plutôt musclé, pas mal fait de sa personne, il crut avoir plus de chance que l'autre : c'est une des femmes de la troupe qui s'empara de lui. Mais son apparence le fit rapidement déchanter : bien qu'elle ne fut pas laide, elle était athlétique, lourdement armée, coiffée d'une iroquoise, et vêtue de chaps en cuir sur un simple string : c'était une dure à cuire dévergondée. Impression confirmée par le pistolet mitrailleur qu'elle brandit pour maintenir ses camarades à l'écart de son casse-croûte. Avec une brutalité et une énergie surprenantes, elle l'assit sur une table et le défroqua, pour constater la flaccidité totale de sa verge; ostensiblement agacée, elle entreprit de le masturber de sa main gauche, recouverte d'une mitaine, tout en saisissant un objet à sa ceinture. L'objet s'avéra être une matraque, dont elle présenta l'extrémité à la bouche du mâle terrifié; sous la menace, il finit par l'enduire de salive, et en reçut rapidement une dizaine de centimètres dans le derrière. Le résultat de cette double masturbation ne se fit pas attendre : bientôt, c'est sa matraque qui fut dressée à la verticale, si tendue qu'elle en tremblait. Alors la violeuse chevaucha sa monture humiliée, sur laquelle elle s'empala avec violence, écartant simplement son sous-vêtement du bout du doigt; le canon de son arme glissé dans le cou de son étalon non consentant, elle parvint à le garder docile, initiant elle-même l'ensemble de l'acte, résistant à chaque tentative visant à la repousser. Régulièrement, lorsqu'il prenait du plaisir, elle le frappait du visage, éclatait de rire, repositionnait le mandrin à l'entrée de son insatiable cavité, puis poursuivait l'accouplement : lorsqu'elle eut joui une ou deux fois de cette implacable soumission, les yeux révulsés et le visage grimaçant, elle finit par le laisser se répandre abondamment entre ses cuisses. Puis l'abandonna à quelques uns de ses collègues masculins.

Devant ces scènes d'une rare violence, les fluides se bousculèrent dans mon estomac, et les questions dans ma tête. Deux hommes, deux femmes; ça faisait quatre, et ils en avaient capturé six : où les deux autres étaient-ils passés ? La meneuse endimanchée, nonchalante instigatrice de cet odieux rituel, que faisait-elle durant les festivités ? Et pourquoi certains hommes se tenaient-ils à l'écart de l'évident plaisir que prenaient leurs comparses ?

Une porte claqua contre un mur; c'était la meneuse qui quittait son nid de tôle et de béton, flanquée d'une jeune fille d'une douzaine d'années. Elle était blonde aux longs cheveux cendrés, raie au milieu, épaules étroites et corps très fin, dépourvu de poitrine; son visage pâle, obscurément ovale, avait dans la maigreur une harmonie tout en ellipses. Très simplement, elle était belle comme le jour, vêtue d'un froc des plus succincts, et d'une tunique éteinte aux amples manches courtes. Je pensai d'abord que la dirigeante se l'était réservée, lui avait fait subir toutes sortes de choses ; à voir comment la petite persistait à se débattre, ce n'était assurément pas le cas.

De son côté, le reste de la tribu semblait arriver au terme de ses ébats ; le bétail humain fut rassemblé, sûrement pour être vendu plus tard, et rattaché dans un coin. Mais à la vue de la gamine, ce furent ceux qui n'avaient jusqu'ici pas participé, deux hommes et une femme, qui se levèrent, d'un pas titubant fleurant l'alcool et le stupre. La dame en costume dégaina alors une lame courte, une sorte de sabre plutôt rectiligne, qu'elle glissa sous la gorge de l'adolescente pour la mener au beau milieu de ces trois prédateurs; d'un coup de pied, elle chassa les fines guibolles, et la gosse chut. Des trois, ce fut la femme qui s'approcha la première; rousse aux courbes avantageuses, pourvue d'un bandeau sur l'œil droit, elle releva le petit corps, maîtrisant son agitation pour l'asseoir sur une borne de béton. Je ne pus saisir, à cette distance, ce qu'elle lui glissa à l'oreille, mais l'affolement cessa aussitôt. Et la borgne entreprit, avec une sorte de douceur incompréhensible, de descendre le short sur les cuisses fuselées de la pucelle qui tremblotait. Sa main d'adulte alla se nicher dans l'entrejambe, bientôt emprisonnée par deux gigues crispées; il fallut plusieurs secondes, et d'autres murmures, pour qu'elles se détendent quelque peu. Un sourire aux lèvres, la raider posa sa gorge sur l'épaule de la fillette, et entreprit une série de mouvements circulaires, lascifs, à travers le tissu. Sur le visage de l'ange, dans ses grands yeux verts, se lisait une gêne accablante, expression d'un plaisir coupable dû aux talents de la malfaitrice, et à de bêtes réactions physiologiques. Un chuchotement supplémentaire, dont le contenu m'intrigua encore plus que celui des précédents, la fit s'abandonner aux caresses intimes qu'elle recevait; je ne comprenais pas comment cela était possible, mais elle s'était laissée convaincre. À présent, les doigts inquisiteurs s'étaient glissés sous l'étoffe, arrachant au corps de sa propriétaire quelques menus spasmes, et à sa bouche de petits gémissements presque perceptibles. La culotte fut bientôt ôtée; l'énigmatique et pulpeuse cyclope enlaçait, de son second bras, le petit corps offert. La fente glabre et rebondie, exposée à l'air nocturne, reçut bientôt les deux premières phalanges d'un majeur fureteur qui alla et vint, accompagnant les stimulations rotatives effectuées du bout du pouce. Quelques instants seulement, et déjà ce fut trop pour cette anatomie inexpérimentée, fébrile, moite, qui déborda brusquement d'un plaisir interdit ; l'enfant ne put retenir une cascade de cris perçants trahissant sa jouissance.

La femme se détacha d'elle, non sans délivrer un ultime et profond attouchement, qui eut le même effet que les précédents ; alors elle embrassa la bouche de sa victime vaguement consentante, une première et dernière fois, avant de la laisser s'avachir là où elle l'avait posée. Pantelante, les cuisses encore écartées, elle tâcha de reprendre ses esprits, son torse plat soulevé par un souffle convulsif. Mais elle n'en eut pas le temps : déjà, les deux hommes s'approchaient.

Le plus grand des deux la saisit d'une main noueuse, entre le cou et l'épaule, et la releva sans retenue. Il était terrifiant, les deux yeux au beurre noir, coiffé d'un casque aux larges lunettes brisées, torse nu à l'exception d'une spalière massive décorée d'une peau de bête; lorsqu'elle fut debout, la peur suintant par tous les pores de sa peau claire, il l'agenouilla d'une méchante taloche derrière le crâne. Puis, imité par le second, il exhiba son sexe : s'il était de dimension raisonnable, il paraissait tout de même énorme, à côté de la petite tête ; son complice, davantage gâté par la nature, n'en était que plus intimidant. La proie ne savait plus où se mettre ; un revolver contre la tempe lui rappela quelle tâche lui échoyait, et elle goba craintivement le bout violet d'un premier mandrin, dont le propriétaire s'ébroua de façon écœurante. D'autorité, sa main fine fut posée sur la seconde queue, qu'elle n'entreprit de masturber que lorsqu'une seconde arme lui fut braquée dessus. Entre ses lèvres, le premier type perdit patience ; une main crispée dans les cheveux blonds, il commença à lui limer l'œsophage, réprimant chaque haut-le-cœur en s'enfonçant plus loin encore. Quant il approcha de la jouissance, un répugnant rictus lui déformant le visage, il se retira, et ce fut au tour de l'autre. Le manège dura de longues minutes, jusqu'à ce qu'elle soit contrainte, une main sur chaque tige, à une épuisante fellation alternative ; pour la beauté du geste, les deux tristes sires tentèrent de s'insérer à deux dans la cavité buccale. Ils y parvinrent un court instant, avant que leur jouet ne régurgite amèrement sur le sol, leur arrachant un rire sardonique tandis qu'ils le relevaient à nouveau. Cette fois, elle fut placée à plat ventre sur la borne de béton, croupe offerte; un cri de surprise lui échappa lorsqu'un doigt charnu força l'entrée serrée de son œillet. Sans doute dans le souci d'une perte de temps minimale, il fut rejoint bien vite par un deuxième, puis un troisième, qui l'ouvrirent au-delà de ce qu'elle pouvait tolérer; en témoignèrent ses larmes abondantes et ses braillements plaintifs. Mais ces vociférations épouvantables firent pâle figure à côté de celles qui accompagnèrent la pénétration anale proprement dite, rapidement doublée, une fois la nymphette dûment retournée, d'un dépucelage âpre et bestial, effectué par l'autre vaurien. Le sang poignit des deux orifices; je détournai le regard.

Silhouette culminante accroupie dans les ténèbres, j'avais été isolé de mes propres bruits par la qualité de mon équipement; je ne le réalisai qu'en ôtant mon casque, pour constater combien mon propre souffle était court. Le temps de me reprendre, j'inspirai profondément la fraîcheur nocturne, et m'offris une vue sommitale sur le désert endormi ; c'était paisible. Mais pas assez pour dissiper le trouble qui s'était saisi de mon crâne : mes joues étaient humides, je ne l'avais même pas perçu. Oui, il fallait que ces monstres disparaissent, et l'idée d'un wagon explosif exerçait sur mon esprit une séduction sans cesse croissante. Mais leurs victimes, ces pauvres hères, ces miséreux des terres désolées, n'avaient pas à subir la déflagration. Et je ne me découvrais pas là une vocation de messie : seulement devais-je reconnaître que ces gens-là avaient suffisamment dégusté pour toute une vie.

Je mis donc à profit, pour élaborer un plan d'attaque, les ultimes minutes d'un viol que je n'eus pas le courage d'observer. J'étais à l'Ouest du camp, les entrées étaient sur les rails, au Nord et au Sud. Porte Nord : deux tentes individuelles, à gauche, une trois places à droite, modèles militaires; un perchoir muni d'une échelle et d'un garde-fou, auprès du portail, pour une sentinelle. Porte Sud : auvent en face, en entrant, jouxtant la grue; tente trois places à gauche, les quartiers de la meneuse à droite. Droit devant moi, une vaste yourte, une sorte de chapiteau, l'accès me faisant face.

L'idée était d'entrer discrètement et de libérer les otages; impossible, donc, d'abattre le garde : à ce compte-là, autant annoncer directement ma venue. Il faudrait faire avec ce gêneur. Quant aux captifs, sûrement seraient-ils également surveillés : il faudrait donc compter au moins une élimination silencieuse. Mais comment enjamber silencieusement la clôture ? Dix minutes durant, je me torturai les méninges. Puis je repris mon casque, et mon observation.

Tout était calme et silencieux, à présent. Les brasiers éteints fumaient tristement, comme le planton de la porte Nord ; aussi activai-je la vision nocturne. Mon objectif était resté en plein air : avachis les uns sur les autres, à même la terre sablonneuse, les prisonniers somnolaient dans l'inconfort le plus total. Un gardien tenait effectivement leur côté, assis sur un minuscule tabouret à trépied. Mais il en manquait un : je comptais que cinq malheureux enchaînés aux traverses d'acier. Un signe de la main attira Gabriel, qui assista ma descente du pylône.

Lentement, accroupi, accompagné de l'imposant machine, je dévalai la colline abrupte sur laquelle je m'étais juché. Foulant le sol craquelé et les herbes sèches, je m'arrêtai derrière un rocher en amont, pour vérifier que j'étais passé inaperçu ; c'était le cas. Mon approche se poursuivit donc jusqu'à la barrière. Là, je plaçai mon compagnon blindé contre la tôle et les débris : il me servit d'échelle, j'enjambai les barbelés, et amortis ma chute en effectuant une roulade peu glorieuse. J'étais entré, à droite de la yourte. À couvert, j'avançai précautionneusement, couvrant d'un regard anxieux le maton assis et ses cinq détenus, de l'autre côté des rails. Merde ! Pour des raiders, c'était rudement bien pensé : ledit maton me verrait approcher dix mètres avant que je ne lui mette la main dessus. J'abandonnai donc temporairement l'idée de m'y attaquer, pour partir à la recherche de la dernière tête du cheptel : sans doute était-elle dans une tente.

Mais je ne pouvais pas décemment fouiller chacune d'entre elles : déjà, les gardes me verraient. Ensuite, la perspective d'engager une lutte au corps-à-corps avec les occupants d'une tente mal choisie ne m'enchantait guère, notamment parce que l'usage du poing balistique réveillerait tout le Mojave. Il fallait réfléchir, déduire. La yourte ? Trop grande, sûrement destinée aux sous-fifres. L'une des tentes à gauche de l'entrée Nord ? Personne ne garde sa marchandise juste à côté de soi. Celle à droite, alors ? Non, elle brillait fortement : personne n'aurait laissé une torche à un esclave. Cela ne laissait que la toile tendue près de la grue et de l'entrée Sud. Et les quartiers de la meneuse, mais si le dernier de ces malchanceux s'y trouvait, ce n'était même pas la peine d'essayer de le secourir. Je me faufilai donc, rasant le sol, jusqu'à la tente Sud. Inutilement, je retins mon souffle : il me fallut quelques instants pour me rappeler que je disposais d'une insonorisation parfaite.

J'y étais, ça ne pouvait être qu'ici. Plus exactement, si ce n'était pas ici, j'étais baisé. Mais comment savoir si j'étais ou non en train de commettre une mortelle erreur ? Je tendis l'oreille contre l'épaisse bâche : aucun bruit. Ça ne voulait rien dire : quiconque se trouvait dedans dormait sans doute. Je restai là à gamberger, anxieux : chaque seconde passée ici augmentait les risques d'être repéré. En désespoir de cause, je triturai la commande latérale de mon casque. Et j'y découvris un filtre thermique, qui ne révéla qu'une signature à l'intérieur; aussitôt, constatant combien le relief ne m'apparaissait plus, je le désactivai. Plus terrifié que je n'aurais bien voulu l'admettre, je dégainai un bête 9mm, que je braquai devant moi en remontant la fermeture éclair, et la tente s'ouvrit.

Ma visière ne laissa pas à mes yeux le temps de s'habituer à la pénombre, augmentant d'elle-même sa sensibilité. Visiblement, une source de lumière minime avait été laissée, une lampe à huile archaïque suspendue à l'armature de l'abri. Mon intuition avait été la bonne : assis sur un lit de camp, un garçon me regardait. À peine entré, un tintement avait attiré mon attention : c'était une petite lime qu'il avait laissé tomber, avec laquelle il avait entrepris de saper les chaînes qui lui maintenaient les mains dans le dos. Il était à peine plus grand que moi, quelque chose comme quatorze ou quinze ans, plutôt maigre et gracile. Ses jambes élancées, emprisonnées dans un jean bleu ouvert sur une écorchure au genou gauche, se terminaient par une paire de rangers noires; sur son dos, une veste de cuir un peu trop grande.

– Vous êtes qui ?, chuchota-t-il.

Je lui fis signe de se taire, un doigt plaqué devant mon respirateur. Je devais avoir l'air dangereux, lourdement armé comme je l'étais, enveloppé dans cet immense paletot militaire, visage dissimulé par un masque d'assassin. Le sien, à l'inverse, était étonnamment beau à voir; les yeux légèrement bridés, le nez discret et aplati, mais coiffé de mèches fines et claires, il était parfaitement atypique. Mais il ne sembla pas une seconde impressionné.

– Je vais te sortir de là, marmonnai-je, la voix déformée par le filtre biochimique.

Quelques pas m'amenèrent à son contact; il ne broncha pas, et briser son cadenas fut un jeu d'enfant.

– Attends-moi ici, fis-je. Je dois libérer les autres.

– Non, vous, attendez, dit-il en me retenant par l'épaule, alors que je m'en allais. Le garde vous verra approcher, ils vont se réveiller et vous tailler en pièces.

– Je ne peux pas les laisser là, répondis-je, agacé.

– Vrai. Mais passez derrière la tente, près de la porte Sud. Elle est pas gardée, en longeant la barrière, vous arriverez dans le dos du type. Faites juste gaffe à pas réveiller Arzda. Elle vous tuerait. Et les... chiens, aussi. Ils sont à la porte Nord, vous avez de la chance qu'ils vous aient pas senti.

Malin. Je n'avais pas vu ce passage, depuis mon perchoir. Alors je hochai simplement la tête, jugeant inutile de préciser que mon armure masquait les odeurs aussi bien que les sons. Sans bruit, je sortis de sous la toile, et suivis son itinéraire. À coups de couteau, près de l'entrée, je tordis la tôle, m'aménageant une sortie. Puis, suivant ses conseils, je me fis encore plus discret à proximité du bâtiment; enfin, j'arrivai en vue des cinq séquestrés et de leur cerbère. À pas de loup, enjambant les corps enchevêtrés, je me glissai dans le dos du raider assis, et tapotai son épaule. Lorsqu'il se retourna, les yeux gonflés par le sommeil, je le sonnai d'un coup de tête métallique, et il s'affaissa misérablement.

Voilà. Maintenant, il fallait extraire tous ces gens traumatisés sans qu'ils se mettent à hurler; je fis donc le choix de défaire d'abord leurs liens, et de les réveiller ensuite, un par un. Il me fallut dix bonnes minutes pour briser toutes les chaînes sans attirer l'attention. Lorsqu'ils furent libres, je répétai cinq fois la même manœuvre : une main sur la bouche de la victime pour qu'elle ne puisse crier, je lui donnais l'emplacement du trou dans l'enceinte, puis celui de Primm; je la mettais en garde contre « Arzda », et l'envoyais devant, passant à la suivante. Cette tâche ingrate effectuée, enfin débarrassé de ces fardeaux, je fis le chemin en sens inverse, sur leurs traces, et jetai un œil par la brèche : au loin, cinq silhouettes fuyaient à toutes jambes. Bien. Il ne restait plus que le garçon ; je pris la direction de la tente. Quand j'entrai, il était occupé à glisser des cartouches dans un chargeur.

– Qu'est-ce que tu fous ?, tonnai-je d'une voix étranglée.

– Je prends mes précautions, souffla-t-il.

Où avait-il trouvé ça, en si peu de temps ? Ce n'était pas important : il fallait s'enfuir. D'un mouvement de tête, je l'invitai à me suivre, et il fut plutôt aisé de quitter le lieu; une fois au Sud du camp, sur les rails, je tournai à droite, et lui fis prendre part à une courte séance d'escalade qui nous ramena au pied du pylône.

Il était hors de danger; j'aurais pu lui dire de fuir, mais il avait l'air d'un dur à cuire, d'un observateur entraîné, de quelqu'un qui saurait m'en dire plus sur le fonctionnement de ces bêtes. Pour conserver mon ascendant, je n'ôtai pas mon masque, conservant ma voix caverneuse.

– J'ai quelques questions, l'informai-je lorsque nous fûmes en haut de la colline. Déjà, quel est ton nom ?

– Seth, dit-il.

– Bien, Seth. Est-ce que tu as des choses utiles à me dire sur tes ravisseurs ?

– Utiles, comme quoi ? J'y étais pas depuis longtemps, vous savez. Quelques heures...

– Oui, oui, coupai-je. J'ai observé ton arrivée.

Dommage. Il n'allait visiblement m'être d'aucune aide.

– Tant pis, soupirai-je. Par curiosité, alors : dis-moi ce que tu faisais seul dans cette tente, à l'écart de ton groupe.

– Je les connais pas, affirma-t-il. J'ai pas été capturé avec eux. Mais j'étais dans la tente... Hm.

Il se racla la gorge, détournant un peu le regard, quoique toujours aussi froid qu'au premier instant.

– Leur chef, Arzda. Elle nous a fait venir, la gamine et moi. On a été emmenés dans sa baraque.

– Et ?

– Rien, ça a pas duré longtemps. Elle m'a désigné, en disant qu'elle voulait pas de l'autre. Mais qu'elle était fatiguée, qu'elle me gardait pour demain. Ils m'ont mis dans la tente, j'ai pu gratter un bout de métal en chemin. J'aurais réussi à m'échapper sans vous.

– Oui, sûrement, raillai-je.

Il ne sembla pas s'offusquer plus que de raison, comme si sa propre affirmation n'avait été faite que pour la forme.

– Bref, repris-je. Tu es dehors, maintenant. Va à Primm, les Securitrons t'éviteront de retourner ici.

– Non. Ces raiders, ce sont des crevures; je ne pars pas avant qu'ils soient tous morts.

– Si, tu pars. Moi, je m'occupe d'eux.

Il soupira.

– Je suis pas un gosse, je sais tuer. Et je suis plus grand que vous.

C'était vrai; il faisait une bonne tête de plus que moi.

– D'ailleurs, questionna-t-il, comment vous comptez vous y prendre ?

– Trouver une locomotive. La piéger. L'emmener jusqu'ici pour forcer le passage, faire du dégât. Et achever tout le monde à la main.

– Puisque vous êtes déjà rentré, pourquoi pas piéger le camp et tout faire sauter ?

– Il faut que ce soit spectaculaire, déclarai-je. Que le survivant que je laisserai puisse porter le message.

– Qui est ?

– Que les raiders ne sont plus à l'abri. Qu'ils n'ont rien à foutre dans le Mojave.

– Et vous la trouvez où, votre locomotive ?

Je demeurai silencieux.

– Parce que moi, je sais, poursuivit-il. Et pour la remettre sur les rails, on sera pas trop de deux.

Ou j'aurais pu le cogner jusqu'à obtenir l'information. Mais ce n'étaient pas mes méthodes, surtout pas avec ceux qui souhaitaient m'aider.

– Bien, acquiesçai-je. Nous ferons ça à deux.

Pour la première fois, je vis son visage s'éclairer d'une ébauche de sourire.

– Bon choix, complimenta-t-il. Maintenant qu'on est partenaires, vous auriez pas quelque chose à manger, par hasard ?

– J'ai ça. Mais il faut s'éloigner. Quand ils se réveilleront, ils fouilleront les montagnes.

Quelques heures de marche suffirent à nous donner un sentiment de sécurité. Lorsqu'il remarqua Gabriel qui nous suivait, Seth fut d'abord surpris; puis il ne s'en soucia plus, lorsqu'il comprit que c'était lui qui portait notre repas. Nous installâmes notre campement à l'abri d'un rocher saillant, alors que la lumière du jour commençait à poindre. Assis autour de mon réchaud, nous fîmes tiédir dans une écuelle le contenu d'une boîte de conserve, du porc aux haricots. Lorsque ce fut prêt, je glissai ma main droite dans mon cou, défis la sécurité, puis actionnai la commande rotative; dans un infime bruit de dépressurisation, mon casque relâcha son emprise. Seth, à ma droite en tailleur, me fixait : visiblement, il n'attendait que ça. Moins quelque chose est visible, et plus on veut le voir. Je posai donc l'objet au sol, secouant la tête pour replacer les mèches qui me collaient au front.

– Mais tu... ?, bredouilla-t-il, perdant pour la première fois son flegme.

– Je ?, questionnai-je de ma véritable voix, encore loin de la mue.

– Tu es un enfant ?

Je haussai les épaules, débitant un bout de porc avec mon couteau, sans le regarder.

– Je pensais que tu étais juste petit. C'est quoi, ton nom ?

– Tristan.

– Tristan... du Strip ? Le tueur à gages ?

– Je suis pas tueur à gages. Je suis lieutenant, le seul de l'armée de New Vegas.

– On dit que tu as dégommé la Confrérie, massacré tout le monde au Tops...

– Oh, on dit ça ?, répétai-je distraitement, en mordant dans un bout de viande.

– Ouais, les gens parlent. Mais qu'est-ce que tu faisais à côté de ce camp ?

– Je t'ai dit. Je dois faire fuir les raiders.

Je lui jetai un coup d'œil en coin; il semblait réfléchir.

– Mais pourquoi ce camp ?, s'enquit-il.

– Pas juste ce camp, le détrompai-je. Tous les raiders.

– Sacré travail, lieutenant.

– Mh-hm, acquiesçai-je en lui tendant le récipient. Tiens, mange.

Nous reprîmes la route vers le Nord-Est, suivant ses indications et mon Pip-Boy. L'air se réchauffait et la marche était éreintante ; le condensateur put cependant nous fournir plusieurs rations, de quoi marcher les quelques miles qui nous séparaient de notre objectif. Le hangar se situait à quelques encablures d'un aiguillage de moindre importance : probablement n'était-ce qu'un bâtiment utilitaire, servant au rangement de wagons. En tout cas, il était en piteux état : la tôle rouillée du toit laissait voir le jour.

– À terre !, criai-je en me jetant à plat ventre.

Seth eut le bon réflexe : il était déjà au sol, ripostant avec son unique arme, alors que je n'avais même pas encore remis mon casque. Il me fallut quelques secondes supplémentaires pour tirer le Gauss de derrière mon dos, les balles sifflant au-dessus de nos têtes, ou s'écrasant sur le relief du désert. Les cons ! Ils nous avaient engagés de trop loin. Plus près, nous n'aurions pas eu une seule chance; mais là, la précision leur faisait défaut. Pas à moi : l'œil collé à la lunette, je fis un constat irritant, qui m'agaça un peu plus à chaque fois que je pressai la détente. C'étaient encore des raiders.

Quand le dernier tomba, nous nous relevâmes précautionneusement; accroupis, canons braqués vers la source des coups de feu, nous avançâmes. Un coup d'œil rapide à l'intérieur ne révéla aucune présence hostile.

– RAS !, aboyai-je à mon camarade.

Subitement, d'un recoin qui m'avait échappé, surgit un nouveau vaurien; il me frappa, mon arme tomba à terre, son bras vint me saisir au cou et j'y crispai mes mains. J'avais le canon de son revolver sur la tempe, et Seth en face de moi hésitait à tirer : un œil plissé, il cherchait la fenêtre de tir que mon agresseur ne lui laissa pas.

Je soupirai : certes, je n'étais pas doué au corps-à-corps. Mais il y avait des limites. Un coup de coude lancé à l'aveuglette me détacha de la brute, qui tenta de me sauter à la gorge lorsque je lui fis face. Un coup de pied au visage l'en empêcha et lui brisa le nez, tandis que son calibre inutile lui échappait des mains.

– Tire pas, ordonnai-je au garçon qui n'avait pas baissé le sien.

Je m'approchai du raider, d'un pas lent que je voulus dramatique. Ma main sur sa gorge, les siennes agrippant mon poignet, je lui signifiai calmement que la donne avait changé.

– Dis à tes copains que le Mojave veut plus vous voir. Et ramasse pas ton bras.

– Mon bras ? !, beugla-t-il, déconfit.

À sa question, je répondis en cognant son coude gauche de mon poing droit, celui équipé du mécanisme balistique. L'effet fut presque immédiat : la poudre explosa, projetant son articulation à travers la pièce. Alors qu'il se tordait de douleur, je ramassai une caillasse qui traînait et la lui tendis.

– Glisse ça sous ton aisselle, conseillai-je froidement. Ça t'évitera de te vider de ton sang.

Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que sa plaie n'était pas tout-à-fait cautérisée; alors il prit le caillou, exécuta docilement la manœuvre, et quitta le lieu en claudiquant, seul dans le désert.

– C'était désert la dernière fois, affirma Seth, observant en coin l'éclopé qui s'éloignait.

– Avant que la RNC et la Légion ne décampent ?, demandai-je, déjà certain de la réponse.

– Oui, soupira-t-il en se mettant en marche, traversant le hangar jusqu'à une gigantesque forme bâchée.

– C'est ça, ta locomotive ?, m'enquis-je en désignant la chose.

Pour toute réponse, il tira de toutes ses forces sur le vaste tissu imperméable, qui chut au sol en soulevant un nuage de poussière. Là-dessous se trouvait effectivement ce que je cherchais; mais l'immense masse de métal était à demi couchée, absolument pas sur la voie.

– Oui, c'est ça. Je pense que la cellule de contrôle du carburant est opérationnelle; mais on va en manquer, ça a dû été pillé il y a longtemps.

– Le vrai problème, grommelai-je, ça va être de redresser ça... combien ça peut peser ? Cinq tonnes ? Dix tonnes ?

– Je t'ai dit que je savais où la trouver. Maintenant, pour la mettre en marche...

Je me frottai les yeux de la paume de mes mains : c'était l'heure de réfléchir, et j'étais fatigué. Bon. S'ils mettaient en route des locomotives ici, sûrement avaient-ils des grues pour les bouger : le problème, c'était que la grue, je l'avais déjà vue. Elle gisait en pièces, dans le désert, à côté du hangar : tout ce qui tenait debout, c'était sa base, cinq ou six mètres d'acier à tout casser. De toute manière, si elle avait été debout, nous n'aurions pas non plus trouvé l'énergie nécessaire pour l'arracher à son inertie. Il allait falloir bricoler; je m'assis dans le sable, et tâchai de faire la liste des divers débris qui pourraient nous être utiles. Vingt minutes plus tard, je me relevai, et me mis au travail.

Avec l'aide de Seth, la tâche s'était avérée moins ardue qu'elle aurait plus l'être. D'abord, il nous avait fallu déplacer une énorme plaque d'acier jusqu'au flanc de la machine, et charrier d'énormes quantités de roches et de terre pour l'immobiliser. Nous avions ensuite lesté les restes de la structure branlante d'innombrables sacs trouvés ici et là, emplis de sable et de caillasse; entreprise rendue affreusement longue par la fragilité des ballots de courrier, prévus pour des charges moins importantes. Enfin, le câble du palan, à moitié enseveli, avait été laborieusement excavé, son crochet arrimé à la tête d'attelage, l'autre extrémité nouée à l'armature alourdie.

Pour réaliser ces cabrioles, je m'étais naturellement défait de ma cuirasse : si mon débardeur blanc et sale ne protégeait pas mes bras d'innombrables éraflures, au moins me laissait-il une certaine liberté de mouvement. À présent, j'étais en équilibre sur les ruines bancales de l'ancienne grue, escaladant le métal en primate urbain, parmi les sacs, pour placer un explosif en un point stratégique. Le garçon, en bas, observait placidement mes contorsions périlleuses.

– T'es beau, Tristan, asséna-t-il calmement.

Je sentis le sang me monter au visage, peut-être parce que je tenais une dangereuse position horizontale depuis de longues secondes. Ou peut-être parce que son compliment me mettait mal à l'aise ; de toute manière, je ne répondis pas, tâchant de me concentrer sur ma besogne. Celle-ci accomplie, je sautai au sol, désireux de ne pas ébranler un équilibre déjà précaire.

Un tir dans la mine la fit détonner. La charpente, croulant déjà sous les fardeaux, commença à se coucher; son poids tendit le câble, et la locomotive s'ébranla. Puis les charges, fixées au bout de cordes, quittèrent leur position, se balançant au-dessus du vide, redressant temporairement notre machine. La plaque, judicieusement positionnée à son côté, glissa sous les roues, l'empêchant de s'ensabler à nouveau lorsque l'attache rompit : le tas de ferraille n'était pas sur les rails. Mais au moins, il n'était plus couché.

Nous nous approchâmes tous deux du véhicule sablonneux; la porte du pupitre de pilotage était fermée, mais son verrou céda sous les coups de pieds, offrant un accès aux commandes, et à un plan.

– Elle marche aux microcellules à fusion, constata Seth. Ça se charge par le flanc droit.

– Merde, grommelai-je. C'est rare, les MC. J'en ai un tas, mais c'est pour mon fusil. Il les gobe cinq par cinq.

– Ben, va falloir se séparer d'une partie, lieutenant. Enfin, si on veut remettre ça en marche.

Je soupirai et rejoignis le flanc droit. Sous un épais capot blindé, déjà pillé par les précédents locataires, s'alignaient des dizaines de réceptacles. Je sifflai Gabriel, et dépouillai sa sacoche de mes précieuses cartouches d'énergie, pour remplir les emplacements. La trappe refermée, nous rejoignîmes la cabine, dans laquelle trônait, parmi des tas de leviers, un large poussoir rouge frappé du mot « ON ».

– Tu le fais ?, proposa mon camarade après dix secondes de silence.

Je tentai d'appuyer sur la chose ; elle s'enfonça à peine, rien ne se produisit. Agacé, je donnai un violent coup de coude dedans, et le sable qui l'avait immobilisé céda sous la pression. Ceci fait, un vrombissement grave se fit entendre; il devint de plus en plus aigu, indiquant la chauffe des mécanismes. Les néons clignotèrent, les phares projetèrent un puissant faisceau, et une nappe de vapeur s'échappa de sous le chasse-pierres avant.

Maintenant, il fallait avancer : un levier portant l'inscription « throttle control » attira mon attention. Je le poussai sur la moitié de sa course, et tout trembla : un crissement abominable indiqua que les roues droites malmenaient la plaque métallique, tandis que s'élevait un épais nuage de poussière, témoignage de l'action de celles de gauche dans le sable. Je retins mon souffle : le sable, le métal, ce n'étaient pas des rails. À ce rythme, j'aurais épuisé les cellules et brisé la cale avant d'avoir avancé d'un pied. En désespoir de cause, je forçai le levier jusque dans la partie rouge de la jauge graduée, et toute la structure s'ébranla. Au prix d'un effort surnaturel, la brave locomotive s'arracha à son inertie, fit trembler le sol dans son avancée laborieuse vers le chemin de fer, que ses roues martyrisèrent en tâchant d'y grimper. Des gerbes d'étincelles fusèrent, un morceau dudit chemin vola, coupé par les disques d'acier, et se ficha dans un mur; s'étant ménagé un chemin, la masse mécanique nous chahuta, et s'engagea enfin sur la voie.

– Tristan ! Les roues chauffent à rouge !, hurla le copilote malgré lui.

Je n'eus pas le temps de réagir : retrouvant un terrain adapté, alimentée par un réacteur en masse critique, la machinerie s'élança sans crier gare à l'assaut du Mojave. Dans le tumulte qui s'ensuivit, nous chûmes lamentablement, maintenus au sol par l'accélération fulgurante. Il me fallut une bonne trentaine de secondes pour me relever, les cheveux plaqués sur le visage par la force implacable du vent : à cette vitesse, c'était le déraillement qui nous attendait. Le chaos ambiant me fit hésiter entre le levier « emergency brake » et l'interrupteur « shut down », que j'actionnai finalement tous deux.

Il me fallut toute ma force, et toute la volonté du monde, pour ne pas passer à travers le pare-brise éclaté. En quelques dizaines de yards, l'infernal engin s'immobilisa; Seth, encore allongé au sol, s'écrasa contre le pupitre dans un fracas épouvantable. Agrippé au cadre de la porte, couvert de poussière, je le regardai se remettre péniblement sur ses cannes de serin, le sable soulevé par notre coup d'éclat retombant doucement autour de nous. À la recherche d'une blessure, ou de l'expression d'une douleur, je scrutai sa bouche effacée, son nez écrasé, ses yeux imperceptiblement bridés, tourmentés par ses boucles claires.

– Ça va ?, s'enquit-t-il, crispé.

Je hochai la tête, il se jeta dans mes bras. Plus exactement, il me serra dans les siens, son menton sur mon épaule, la respiration saccadée. Nous venions de frôler la mort ; je lui rendis son étreinte comme je me serais accroché à la vie. Il embrassa mon front, puis me rendit ma liberté. Au loin, Gabriel arrivait à vive allure, les bras chargés des affaires que nous avions laissées là-bas. Je tapotai sa carapace avec reconnaissance, et rangeai les biens dans ses sacoches. Le hangar était loin, maintenant; de toute manière, il aurait été peu sage d'y retourner, au risque de trouver de nouveaux locataires, et en laissant ici notre futur engin de mort. Non, il valait mieux demeurer sur place, et piéger convenablement l'appareil.

Avec le temps passé à mettre l'imposante chose en marche, la journée était déjà bien entamée. Et l'ouvrage nous prit du temps, suffisamment pour que la nuit nous surprenne à l'issue de celui-ci.

– C'était la dernière ?, questionna mon acolyte.

– Oui, je crois. Il faudra juste tirer dessus pour la faire détoner.

– Tant mieux, soupira-t-il. Je suis claqué. Et je crève de faim.

– Oui, acquiesçai-je. On a pas dormi la nuit dernière. Et on a rien avalé depuis ce matin. Suis-moi, on va établir un camp.

Je pris le réchaud et le plantai à l'écart, suffisamment pour que nous ne soyons pas touchés par une éventuelle explosion. Là, je dressai ma tente, et y fourrai mon sac de couchage; Seth m'aida à disposer des pierres pour que nous puissions nous asseoir. Il était six heures du soir, nous partirions à deux heures du matin.

– Gabriel, ordonnai-je. Personne n'approche à deux cent mètres à la ronde pour les huit prochaines heures. Tire sans sommation.

– Je vous protégerai, répliqua-t-il, infatigable.

La nourriture chauffa rapidement, malgré la fraîcheur qui s'installait. Quant au repas, il fut bref, tant à cause de notre faim lancinante que de notre besoin de sommeil. Une fois la dernière miette avalée, j'empilai le matériel et nous allâmes nous abriter sous la toile, autour de laquelle le Securitron patrouillait inlassablement.

– Une seule couchette.

– Oui, répondis-je. Mais c'est un sac d'adulte, on est des demi-portions. Cent capsules qu'on rentre sans problème.

– Je te fais confiance.

Assis dans un coin, l'échine courbée, je défis mes rangers blindées, qui rejoignirent les siennes près de l'entrée. Puis je me défis des bandes de tissu qui entouraient mes pieds, faute de chaussettes, et de mon treillis. Vêtu de mon débardeur et d'un caleçon gris un peu grand, je me glissai dans le duvet. Seth ôta sa veste, qui finit en boule dans un coin avec son jean troué en tissu épais, singulièrement étroit. Dans une tenue semblable à la mienne, il me rejoignit, alors que j'éteignais la torche de mon Pip-Boy, posé à côté de moi; je programmai une alarme pour quelques heures plus tard, et m'allongeai. Comme souvent à l'heure de dormir, le flot de mes pensées trouva une source banale, et m'emporta : Seth portait aussi un caleçon. D'ordinaire, les sous-vêtements étaient un accessoire de luxe, difficilement trouvable dans les terres désolées : s'il en avait un, sûrement était-il riche. Ou pillard, comme le laissait supposer sa débrouillardise. Enfin, par les temps qui couraient, il était difficile d'être l'un sans l'autre. Je me pris donc à imaginer quel genre de vie il avait bien pu mener jusqu'ici, en fondant mes hypothèses sur les détails que j'avais pu remarquer.

Il savait lire, ce qui signifiait qu'il appartenait à un groupe organisé; peut-être les disciples de l'Apocalypse, une famille du Strip, les descendants d'un abri... Mais sa tenue n'était pas distinctive, ce qui éliminait les deux premières possibilités au profit de la dernière, d'autant plus que ses dents n'étaient pas gâtées. Ses ongles étaient quant à eux coupés, et ses mains fines, quoique abîmées comme les miennes, ce qui laissait penser qu'il se chargeait de travaux manuels de précision. À en juger par ses compétences avec les armes à feu, sûrement était-il même chasseur ou combattant. Plutôt combattant : un chasseur aurait porté des vêtements plus proches des couleurs du désert. Et nous avions en commun une musculature élancée, avantage certain dans ce genre d'activités. Donc, combattant, membre d'un groupuscule issu d'un abri. Oui, sûrement un abri : difficile, autrement, d'obtenir un niveau de métissage suffisant pour expliquer son faciès inhabituel. Inhabituel, mais pas disgracieux, me surpris-je à penser.

Les minutes filaient, il fallait que je dorme. Si mon corps était immobile depuis un moment déjà, ce n'était pas le cas de mon esprit, qui semblait ne pas vouloir prendre de repos : les yeux clos, je ne cessais de ressasser la journée passée, à la recherche d'éléments qui m'auraient échappé, sans être dérangé par quelque sensation physique. Jusqu'à un certain moment, du moins.

Je sentis en effet le bras de Seth, jusqu'ici collé au mien de l'épaule au poignet, se détacher de ma peau. Aux mouvements du tissu, je supposai qu'il se tournait sur le flanc : lui non plus ne trouvait pas le sommeil. Puis sa main opposée, confirmant mon impression première, vint caresser mes cheveux, avec une affection si flagrante que je n'eus pas l'idée de bouger. Mais qu'est-ce qu'il foutait ? Ce n'était pas déplaisant, en un sens, je n'avais pas souvenir d'avoir été touché de cette façon auparavant. Mais pourquoi ?

– Tu ne dors pas non plus, murmura-t-il, assertif.

– Non, chuchotai-je en retour, un peu dérouté.

Ah. Il vérifiait si j'étais éveillé. D'une curieuse façon. J'ouvris alors les yeux : d'aussi loin que je me souvienne, je ne voyais pas mal dans le noir. Et là, je pus saisir le passage d'un sourire sur ses lèvres.

– Branle-toi un coup, si ça t'aide, marmonna-t-il sur le ton du conseil. Si tu le fais d'habitude, te gêne pas parce que je suis là.

Je n'étais pas con, je ne l'avais jamais été.

– C'est toi que ça démange, ricanai-je à voix basse.

Il ne répondit pas.

– Vas-y, ça fait rien.

– Merci, souffla-t-il.

Je refermai les yeux. Mais cette fois, je ne me perdis pas en réflexions : la seule conscience de ce qui se déroulait à côté de moi chassait le reste de ma cervelle. Les mouvements répétés du tissu rembourré entretenaient en moi une représentation mentale de la scène, qui me travaillait et me mettait affreusement mal à l'aise ; je n'arrivais plus à penser à autre chose. Puis, après une petite minute de cet entêtant manège, je fus parcouru d'un frisson, un sursaut qui secoua tous mes membres : une main venait de se poser entre mes jambes. Et de m'amener au constat embarrassant que je bandais, moi aussi.

– Tu fais quoi ?, m'étranglai-je, d'une voix teintée de confusion tout autant que de honte.

– Ce que t'es trop timide pour faire, répondit-il avec un détachement qui sonnait presque vrai.

Ses doigts fins s'infiltrèrent sans difficulté sous l'élastique distendu qui ceignait mon bassin ; leur moiteur enserra bientôt mon membre, et je sentis le bout d'un pouce caresser ma peau lisse. Une fois sa prise suffisamment assurée, l'impudent initia un mouvement insoutenablement ample et lent. Je résistai d'abord, par aplomb et par fierté, à cet attouchement décomplexé mais ma volonté fut bientôt vaincue par mes sens, par mes instincts les plus primaires. Je me tortillai, le souffle court, donnant presque malgré moi de petits coups de hanches. Et ma caboche embuée fut traversée d'une pulsion, d'un désir imprévu aussi bien qu'irrépressible : au point où j'en étais, je n'eus pas la décence de juguler mon caprice.

Ma main effleura bien malgré moi son ventre imberbe, puis rencontra la sienne et la chassa : j'empoignai son organe, dont la chaleur irradia jusqu'au bout de mes ongles. Il était plus épais que le mien, plus long aussi, d'une forme régulière qui rendait agréable le simple fait de le caresser. Suivant aussitôt le rythme qu'il avait initié, je m'enhardis lorsqu'il s'enhardit, submergé par la sensation grisante de n'avoir plus le contrôle de moi-même; d'abord silencieux, j'abandonnai vite toute réserve, défait par le naturel obscène de ses halètements. Nous nous masturbions mutuellement, dans la chaleur devenue étouffante d'un couchage sommaire, et pour quelques minutes, rien n'exista que la frénésie de sa poigne sur ma verge, et de la mienne sur la sienne. Rien : oubliés, Gabriel qui quadrillait le secteur, mes trente couches d'armure dans ses sacoches, notre locomotive piégée. Oubliés, ces fauteurs de trouble qu'il faudrait trucider demain, et leurs écœurantes coutumes.

Enfin, dans l'effervescence de cette emprise que j'avais sur un autre, stimulé de la façon la plus ardente et intime, je sentis mon bas-ventre se contracter, éjecter quelques maigres gouttes sur ces doigts salvateurs. Puis, enivré par ma jouissance, dans un gémissement presque féminin, Seth aspergea mon avant-bras d'un fluide épais, d'une semence adolescente qui m'interloqua par son abondance : comment un corps encore immature, pas si différent du mien, pouvait-il en produire tant ? La question ne fit que traverser mon esprit, encore concentré sur l'aspect bassement et délicieusement sensoriel de ce que je venais de vivre.

Le silence revint, moucheté seulement de nos deux souffles rauques. Je tournai la tête vers lui, dans la pénombre que le temps avait adoucie, et distinguai ses cheveux en bataille, sa bouche entrouverte ; sûrement avait-il de moi la même image, à cet instant précis. Et nous fûmes pris d'un fou rire incoercible, qui nous tint jusqu'au sommeil.

L'écran rayé de mon Pip-Boy 3000 affichait 1 :36am, samedi 7 janvier 2282; j'avais devancé l'alarme de quatorze minutes. Et nous étions toujours en pleine forme, moi et mon prodigieux métabolisme, dopés par ce long repos pris quelques jours auparavant.

Je levai vivement une paupière, puis l'autre, reprenant conscience de mon environnement. Ah, oui, pensai-je. Je n'étais pas seul dans ma tente, cette fois; précautionneusement, je dégageai le bras qui traînait sur mon ventre, et crachai les cheveux presque blancs que j'avais dans la bouche. De toute évidence, mon sommeil avait été agité. Alors, veillant à ne pas secouer la couchette, je me redressai, m'extirpai de la gaine de tissu. Debout, pieds nus sur la bâche, je ramassai mes affaires; chaussé, vêtu, je sortis.

Le ciel était dégagé, et la nuit plutôt claire; j'inspirai profondément, pour débarrasser mes bronches de l'air vicié que je venais de quitter. Mon Pip-Boy, j'en coupai l'alarme, et le posai simplement à terre : d'abord, il me fallait enfiler mon armure. Et nettoyer mon avant-bras collant, qui semblait réclamer à grands cris une toilette préalable; il dut se contenter d'une friction énergique, pratiquée à l'aide du sable local.

Voyant mon arrivée, et le temps presque écoulé, Gabriel s'approcha de lui-même ; de ses sacs, je sortis mon équipement. Il ne me fallut que quelques minutes pour enfiler la combinaison, puis assembler sur mon corps les différentes plaques. Mes armes rejoignirent leurs différents étuis, et je me recouvris de mon épaisse cape; j'en relevai le col, aboutai mon écharpe, et c'est ainsi paré que, debout, j'attendis.

Mon casque à la ceinture, je fouillai chacune de mes poches ventrales : l'une d'entre elles contenait un paquet de cigarettes. J'en tirai une, craquai une allumette, inhalai la fumée. Dans le silence reposant du désert endormi, j'écoutais le crépitement du bout incandescent, lorsque Seth émergea à son tour. Au bruit qu'il fit derrière moi, je compris la difficulté qu'il avait à défaire la fermeture éclair de la tente : sûrement n'était-il pas aussi bien réveillé que moi. Mais je ne m'en souciai guère : j'étais bien, là, à n'écouter rien d'autre que le vent dans les montagnes; aussi ne pipai-je pas.

– Tombé du lit, lieutenant ?, bredouilla-t-il, la bouche pâteuse.

– Non, non, fis-je. Assez dormi.

– Il est quelle heure ?

– Presque deux, soufflai-je paisiblement. On remballe et on décolle.

La machine, bien qu'électrique, faisait un boucan de tous les diables : le temps avait grippé ses mécanismes, au moins une roue était irrémédiablement enrayée. La machinerie nous crachait à la gueule, le pupitre clignotait frénétiquement; ballottés en tous sens, le vent dans la face à ne plus pouvoir s'entendre, nous étions heureux. Nous filions vers le camp sordide d'où je l'avais tiré la veille, gonflés par la ferme intention d'y lyncher une ribambelle de pouacres avinés. Était venu le temps des dernières consignes.

– On sautera sur Gabriel deux cent yards avant le camp !, criai-je, les joues déformées par l'air que le pare-brise n'arrêtait pas.

– Quoi ?, hurla Seth.

– On va sauter sur Gabriel, deux cent yards avant le camp !, répétai-je. Je compterai jusqu'à trois !

Une secousse nous fit perdre l'équilibre. Me relevant avec peine, j'enfilai mon casque, et le masque épousa mon visage; quelques claques sur la commande latérale amplifièrent ma voix.

– Suis-moi, ordonnai-je comme au travers d'un mégaphone.

Le campement approchait, c'était l'heure des acrobaties. Un coup de pied enthousiaste fit battre la porte contre la carrosserie, et m'engagea hors du poste de pilotage; fermement cramponné aux aspérités des parois extérieures, je luttai pour ne pas être arraché, rapidement imité par mon comparse inférieurement équipé. Notre empressement périlleux finit par nous mener à l'arrière de l'automotrice, où les lois de l'aérodynamique cessèrent de jouer contre nous. Gabriel y était accroché, sa roue cahotée par l'irrégularité du sol, bien au-delà de sa vitesse maximale. Je jetai un œil à mon Pip-Boy : le marqueur se dessinait au bord de l'écran, non loin de notre position.

– Seth, on va y être !, avertis-je. Un !

Je vis sa cage thoracique se soulever, gonflée par une inspiration anxieuse.

– Deux !

Je posai le pied gauche sur le capot du Securitron rudement éprouvé, et lâchai une de mes prises.

– Trois !

Je fis volte-face, abandonnant la masse d'acier à son sort; la vitesse m'en arracha instantanément. Dans un moment de suspension aérienne, entre mon protecteur mécanique et mon protégé bien humain, je positionnai mes mains pour me réceptionner : c'est la barre soudée entre les spalières qui m'évita d'être projeté au sol, accueillant mes dix doigts ainsi que le voulait sa fonction. Seth fut également éjecté, et s'écrasa sur mon dos presque autant que sur le robot ; par chance, il parvint à s'accrocher sans délai.

Les pinces de l'automate quittèrent la tête d'attelage arrière, provoquant un déséquilibre qu'il n'était pas programmé pour encaisser. Ses bras articulés brassèrent de l'air, dans une tentative désespérée de tenir debout, malgré une allure inédite et une surcharge considérable. Enfin, je fus projeté, dans un vol plané incontrôlé qui me laissa à peine le temps de me rouler sur moi-même pour amortir l'impact.

Il n'y avait toujours pas de temps à perdre : la face dans le sable, à plat ventre, je fis tourner à plein régime les servomoteurs de mon armure, tâchant de me relever promptement. J'avais mal, mais je m'en accommodai ; ma capacité à survivre n'était plus à prouver. Forçant le respirateur par une expiration déterminée, je chassai les grains qui y avaient pénétré, et me remis en marche. Au loin, le camp était à peine visible, et notre engin piégé avalait inextricablement la distance qui l'en séparait.

Le moment était venu de ramasser mon fusil, arraché lors de ma chute, et de réaliser le tir de ma carrière : tombé bien avant le moment prévu, j'étais à une demi mile de mon objectif. Accroupi, j'épaulai l'imposante crosse, braquant le canon droit devant moi; par habitude, j'ouvris inutilement la bouche. Chaque seconde qui passait compliquait la visée, je voyais ma cible s'éloigner à travers la lunette grossissante. Alors j'enfonçai la détente.

Le coup résonna dans toute la vallée, amplifié par le relief, et la charge énergétique arracha un pan entier du funeste attelage. Mais il ne détonna pas. Frénétiquement, j'engageai un bloc de cinq microcellules dans la chambre, actionnai le levier, épaulai à nouveau. La locomotive défonçait la tôle de la porte d'entrée lorsque je fis feu pour la dernière fois. La déflagration fut audible, physiquement perceptible même, depuis ma position : j'avais fait mouche.

– Seth, ça va ?, m'époumonai-je avant de réaliser que l'amplificateur fonctionnait toujours.

– J'ai rien de cassé, affirma-t-il d'une voix faiblarde, à quelques mètres de moi. C'est grâce à... ton appareil, là. Je suis resté couché pour pas prendre un tir.

– Okay, génial, debout ! On avance, on avance !, poursuivis-je en courant vers le Securitron cloué au sol.

La machine gisait face contre terre, cabossée comme jamais, ses longs bras rentrés dans leurs gaines.

– Gabriel !, criai-je. Gabriel, tu tiens le coup ?

– Je... vous protégerai, synthétisa-t-il une fois encore.

– Bien, bien ! Reste là, je reviens te chercher !, promis-je en arrachant un fusil d'assaut à sa poche latérale.

Merde, jurai-je intérieurement. Il allait falloir continuer à pied, et il n'était même pas certain que mon plus fidèle allié soit récupérable.

– Seth, prends ça, ordonnai-je en lui lançant l'arme, pourvue d'un seul chargeur. À mon commandement, tire pour tuer, une balle à la fois.

Et nous partîmes en claudiquant de toutes nos forces, fusil au bras. Dans la ruée, je me défis du mien pour prendre à ma ceinture quelque chose de plus adapté aux courtes distances : un FMG-19, petite antiquité pliable d'une légèreté peu commune, dotée d'un mode semi-automatique.

Trois minutes de course suffirent à nous mettre à portée de tir. À demi accroupis, avançant de front à deux mètres l'un de l'autre, nous entrâmes par la brèche pratiquée plus tôt par notre monstrueux bélier. Celui-ci, d'ailleurs, n'était plus dans le camp : l'explosion n'avait pas brisé son élan, et il avait poursuivi sa route à travers la porte sud, sûrement mal en point, mais toujours en mouvement. Au milieu, là où s'était déroulé le sinistre banquet, s'étalait une vaste marque noire, indiquant le lieu de la détonation. Autour, les flammes léchaient le sol, éclairant la scène. La grue gisait en miettes, les tentes avaient été éventrées par des projections de débris; un peu partout, les occupants rampaient, certains démembrés, d'autre simplement étourdis, dans les ruines de leur redoute. Le spectacle m'emplit d'une joie féroce.

– Raiders, récitai-je à travers l'amplificateur, en me redressant. Par décision de M. House, seul dirigeant légitime du Mojave, et en raison des forfaits dont vous êtes les auteurs, il est établi que vous représentez une menace grave à l'ordre public. En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l'ordonnance du 5 janvier 2282, je vais procéder à votre mise à mort.

De toutes celles qui furent tirées, je ne pus compter combien de balles je reçus. C'était une erreur tactique assez bête : les trois minutes séparant l'explosion de mon arrivée avait permis aux moins mutilés de préparer une embuscade.

Seth s'était rapidement mis à couvert derrière la palissade. Moi, en revanche, confiant dans mon armure et dans ma constitution, je me contentai de courir : les éclats lumineux dans l'obscurité signalaient la position des tireurs, et me permettaient de riposter sans perdre un instant. Lorsque le déluge se calma, mon partenaire me rejoignit; il eut le temps de tirer trois fois avant que je puisse poser la main sur son canon.

– Seth, rappelai-je. Il faut qu'il y ait des survivants.

– Le lieutenant m'a demandé de tirer pour tuer, se défendit-il.

– Oui. « À mon commandement », il a dit.

Il grommela, et notre avancée reprit. Je boitais légèrement, endolori.

– T'es pas blessé ?, s'inquiéta-t-il.

– Non, ça va, affirmai-je. J'ai mal, mais l'armure a tout pris.

Sur notre passage, les blessés demandaient que leur vie soit épargnée; quelques tirs à la tête furent nécessaires pour ceux qui tentèrent de ramasser des armes. Notre destination était tacite, mais évidente : nous nous dirigions vers le bâtiment en dur partiellement effondré, celui de la meneuse, Arzda.

C'était fermé. Presque naturellement, nous prîmes position, chacun d'un côté; après un décompte silencieux, pratiqué davantage pour respecter une tradition que dans un véritable intérêt stratégique, j'enfonçai la porte d'un coup de pied à hauteur du verrou. Et je fus projeté en arrière, par-dessus la barrière, jusque sur les rails; l'atterrissage ne se fit pas en douceur, et mon arme m'échappa. Alors, de l'intérieur, surgit la femme en costume, le teint toujours sombre et livide à la fois : sa lame à la main, elle prit appui sur la clôture, et me bondit dessus.

Je ne pus dégainer : ma survie ne tint qu'au réflexe que j'eus de rouler honteusement sur le côté, pour éviter son coup. Bouche entrouverte, sourcils haussés, elle se redressa, et s'approcha de moi en marchant, comme si elle n'était pas pressée. C'était terrifiant, l'allure qu'elle avait dans l'adversité, éclairée par l'incendie, avec sa contenance exemplaire, ses lèvres noircies, ses tresses rigides tombant dans le cou. Je la vis à peine bouger lorsqu'elle se précipita en avant, sa main droite rejoignant son épaule gauche pour me préparer une décapitation chirurgicale; ce coup-ci, je pus m'élancer en arrière et me rétablir sur mes jambes meurtries, muni de mon couteau.

– Un couteau, constata-t-elle avec nonchalance. Tu penses me tenir tête avec un couteau.

– Je vous veux vivante, Arzda.

– Et je te veux mort, serviteur de House.

Je jetai un coup d'œil à ma droite : Seth était aux prises avec un gorille de deux fois son poids; cette distraction m'empêcha d'éviter l'arme de la cheftaine, que je bloquai péniblement avec la mienne. Son visage s'approcha de mon masque, et je vis ses yeux gris-vert mi-clos, cernés de noir, me fixer avec mépris.

– Tu es beaucoup trop lent, asséna-t-elle en me désarmant sans difficulté.

Sa main me saisit au cou, et je fus interloqué par sa force : malgré mon équipement, elle me soulevait presque du sol; malgré ma protection, sa poigne m'étouffait. Comme elle avait rengainé, je tâchai d'abord de la cogner, mais elle avait trop d'allonge pour que je puisse la toucher au corps; lorsque j'envoyai mon poing balistique vers son coude, elle le saisit sans difficulté, et arracha le mécanisme. Je sentis ses doigts chercher, puis trouver l'ouverture de mon casque; la dépressurisation s'opéra, et mon visage lui fut révélé, vulnérable.

– Encore un gosse, observa-t-elle. Dommage. En d'autres circonstances, tu aurais fait un remarquable animal de compagnie.

Je suffoquais. Parée d'une moue de déception, je la vis tirer sa lame de nouveau, la lever, puis l'abattre en direction de mon cou, alors que ses doigts me le rendaient. Dans un bruit répugnant de chair tranchée, le métal s'enfonça; mais il ne parcourut qu'un demi-centimètre. Ses yeux s'arrondirent : elle ne comprenait pas, et ce n'était pas tout-à-fait mon cas non plus; libéré de son emprise, profitant de sa confusion totale, je la frappai au ventre à plusieurs reprises, d'abord du poing, puis du pied, jusqu'à ce qu'elle tombe à genoux. J'avais des vertiges, je manquais d'air et je perdais du sang. Ce qui ne m'empêcha pas, mû par l'adrénaline, de la chevaucher, pour lui asséner un coup de tête qui la laissa inconsciente; hors service, désarmé et invalide, je roulai minablement à son côté et perdis connaissance.

– Lieutenant.

Je bougonnai, entrouvrant un œil dont la pupille se contracta douloureusement à la lumière de la torche qu'on me braquait dessus.

– Tristan, debout.

Je reconnus la voix, dans laquelle se mêlaient, malgré un ton toujours monocorde, angoisse et colère. J'ouvris les deux yeux.

– J'ai cru que tu allais pas te réveiller. Tu te sens comment ?

– Je vais bien, Seth.

– On dirait, oui.

Je tentai de me redresser; dans un grognement plaintif, j'abandonnai l'idée : mon ventre me faisait affreusement souffrir. Alors j'essayai de tourner la tête, et la même chose se produisit.

– Non, tu vas pas bien du tout.

– Dégage-moi de ces rails, grommelai-je. J'irai mieux quand ils... arrêteront de me scier le dos !

Dans un effort que je pus lire sur son visage, il parvint à me déplacer, m'arrachant encore un cri de douleur.

– Des stimpaks..., réclamai-je faiblement.

– Quoi ?

– Des stimpaks !, toussai-je. Sur Gabriel...

– Gabriel !, appela Seth.

J'allais réprimander mon infirmier improvisé, lorsque j'entendis le son familier de ma machine glissant sur le sol du Mojave. Encore une fois, j'étais époustouflé par les facultés d'auto-réparation des versions Mk II. Des sacoches, sortirent bientôt les dix seringues que j'embarquais toujours, au cas où; elles furent bientôt posées à côté de moi. Il fallait maintenant que je voie mes blessures, pour les traiter : je cherchai donc à défaire mon attirail, ce que mes bras engourdis ne me refusèrent.

– Je fais quoi ?

– Retire ma cape. Et mon plastron, ajoutai-je. On en est où ? Un rapport, dis-moi où on en est, vite... !

– Doucement, doucement, conseilla mon partenaire.

– Non ! Mes armes, où sont-elles ? Mon poing balistique, mon Gauss, mon couteau, mon... FMG ? Les raiders, qu'en a-t-on fait ? Dis-moi !

Il posa sa paume à plat sur mon torse, m'empêchant de poursuivre ma vaine agitation.

– Hé, je veux bien t'aider, lieutenant. Mais il va falloir que tu te calmes, ou tu vas bêtement te vider de ton sang.

– Bon, soupirai-je. Dans l'ordre : la cape. Puis le plastron, les... attaches. Elles sont magnétiques, le contrôle est sous l'omoplate gauche.

Pour m'ôter mon poncho, et tout le barda que j'y avais amarré, il n'eut d'autre choix que de me secouer sérieusement; cette fois, je me contentai de serrer les dents. Suivant les instructions, il me débarrassa ensuite de mon plastron.

– Bien, fis-je, toujours allongé sur la plaque dorsale. La fermeture de la combinaison... elle commence à droite du col.

– Je la vois.

Enfin, ma peau vit l'air libre. Je ressentis une multitude de picotements, en plusieurs points de ma carcasse exposée au vent.

– Tristan... les balles, commença mon camarade, une goutte de sueur sur le front et la gorge nouée. Elles t'ont touché, il y en a beaucoup. Tu veux des stimpaks ou une prière ?

– C'est déjà arrivé... il faut retirer les balles, tu peux pas le faire. Injecte dans mon cou et redresse-moi. Et dis-moi ce qui s'est passé, bon sang.

Sans trop y croire, il s'exécuta. J'appris, tandis que j'ôtais avec son aide chacun des projectiles qui avaient traversé le matériau composite, qu'une petite heure était passée depuis que j'avais chancelé. Il était venu à bout de son assaillant grâce à un coup de genou aux parties, suivi d'une balle du flingue qu'il avait eu la bonne idée de conserver; il avait ensuite entrepris d'entraver les survivants, d'achever les blessés, de fusiller les récalcitrants. Gabriel, sur ces entrefaites, était débarqué avec mon fusil. En somme, le bouclage de l'opération s'était déroulé alors que j'étais dans les vapes.

– J'arrive pas à croire que les balles soient pas allées plus loin, soupira Seth, visiblement soulagé. Quand j'ai vu tous les impacts, j'ai cru que t'étais cuit.

– Tu te demandes pas aussi pourquoi sa lame m'a pas décapité ?

– T'as retenu son bras ?

– Non, ris-je. Même chose que pour les balles.

Une circonspection absolue se lisait à sa moue, plus dubitative que jamais.

– Et c'est ?

– J'en sais rien. J'ai toujours été comme ça. Solide.

– Tu réalises que t'as failli y passer ?, m'interrogea-t-il, presque acerbe.

– Pas toi ?, remarquai-je en m'asseyant. J'avais une armure, c'était pas ton cas.

À peu près rétabli, je me tournai sur le flanc pour me relever. Il faisait toujours nuit, j'avais toujours mal, ça puait toujours le brûlé. Mais la mission était accomplie, je tenais debout, et mes blessures se refermaient une fois de plus. Alors, à la lueur faiblarde des ruines ardentes, je commençai à ramasser mes affaires pour m'équiper à nouveau : le casque et le masque, les armes, le plastron... Même avec mes yeux de chat, la tâche n'était pas aisée. Elle le fut d'autant moins que Seth me saisit au bras, gênant mes mouvements.

– Quoi ?, m'agaçai-je.

Je ne pus même pas m'indigner davantage : le garçon était intact, pas moi, et il me dominait toujours d'une bonne tête. Sans prévenir, il m'adossa de force à un vaillant pylône, toujours debout sur la marche de béton jouxtant la voie, et m'embrassa avec fougue.

Mes cannes se dérobèrent sous mon corps, déjà affaiblies par cette nuit éprouvante, et achevées par cet assaut inattendu. Torse nu, les manches de la combinaison pendant sur mes jambes toujours caparaçonnées, je m'affaissai, et il posa ses genoux de part et d'autre de mes hanches, ses mains enserrant mes poignets. À deux pouces de mon visage, inlassablement impassible, le sien prenait un relief particulier, balayé par les caprices des brasiers alentours ; je me sentis rougir.

– Merde, regarde-toi, murmura-t-il. T'es un assassin, peut-être le plus grand du Mojave. Un type que tout le monde a peur de voir apparaître, que personne a jamais vu échouer. Retire ton armure, et... regarde-toi...

Avec un rictus passionné, inquiétant, il posa ses lèvres sur mon front.

– Tu es un garçon maigre, très maigre... à peine musclé. Avec une gueule d'ange, des mèches blondes, et une voix de gamine...

Son nez collé au mien, il continua de marmonner, tandis que je grelottais.

– Un enfant... faible. Faible... et aveugle.

À nouveau, il m'embrassa. Je sentis sa langue s'insinuer entre mes lèvres, je ne me débattis pas ; à peine me tortillai-je, ne sachant moi-même si je devais ou non chercher à le repousser. L'une de ses mains libéra l'une des miennes, défit ma ceinture ; ses doigts enragés trouvèrent un à un les points de pression qui firent céder mes protections, les poussèrent à l'écart. Reprenant son ouvrage là où il l'avait laissé, il ouvrit la combinaison jusqu'à ma taille, et en écarta les pans comme on épluche un fruit.

– Regarde-toi, poursuivit-il en lâchant mes lèvres un instant, caressant ma poitrine qui se soulevait par saccades.

Sa main rejoignit impudiquement mon caleçon, et mit en évidence, une fois encore, l'insolente érection qui le tendait. Je me tordis en tous sens lorsqu'il lui prit l'envie de la caresser longuement, de haut en bas, jusqu'à mon petit sac de peau, bien vite malaxé lui aussi. Subitement, il recula, toujours agenouillé, me laissant un instant avachi, pétrifié, contemplant le ciel d'un air imbécile; ses gestes habiles me débarrassèrent de mes rangers, laissant le champ libre pour ôter d'un seul geste le treillis et le reste de la combinaison thermique. À peine commençai-je à me redresser que déjà, il était de retour au-dessus de moi, sa poigne refermée sur ma verge érigée.

J'étais allongé sur le sable, à côté des rails dans ce camp dévasté ; je n'avais pas choisi de me dénuder, encore moins d'être touché ainsi. Et pourtant, je ne résistais que de façon modique : c'était déroutant, mais tellement intense... Les yeux clos, les cheveux en bataille traînant sur le sol, je gémissais maintenant à voix basse, de façon à peine contenue. Lorsque je risquais un coup d'œil vers le visage de mon coéquipier, je pouvais invariablement constater combien ce qu'il avait décrit plus tôt l'excitait; au bout d'un moment, je remarquai qu'il avait sorti son propre chibre, et le traitait de la même manière. Ce que j'avais relevé au toucher, j'en avais une confirmation visuelle : il était plus gros et plus grand que le mien, plus poilu également, autant de témoignages d'une puberté nettement plus avancée. À plusieurs reprises, quand Seth m'embrassa, je le sentis frotter contre mon aine, y déposer son humidité, m'emplissant d'une ardeur bestiale inconnue.

Puis ses mains se posèrent sur l'intérieur de mes cuisses, les écartèrent; l'espace d'un instant, je me sentis si vulnérable... Mais la chaleur de sa bouche interrompit ma réflexion, en s'enroulant autour de ma virilité, pour y appliquer une succion qui me fit presque tourner de l'œil. Je croisai mes tibias derrière ses épaules et, de trois doigts, il saisit à la base l'objet de son attention. Sa langue me procurait des sensations puissantes, à tel point que je perdis le contrôle de mes hanches, qui se mirent à bouger frénétiquement, faisant glisser convulsivement la chair entre les lèvres qui l'accueillaient. Et je me sentis venir, tous mes muscles tendus pour projeter en lui ce que contenaient mes bourses. Seth ne se laissa pas faire : aussitôt qu'il perçut l'arrivée du moment fatidique, son emprise se relâcha, et ses doigts vinrent prendre la place de son museau, cueillant à sa place le fluide translucide.

Je relevai la tête, rougi et pantelant, pour ne remarquer que le feu dans son regard, et la vigueur arrogante de son érection. Puis un frisson me secoua : cette fois, c'était mon œillet qu'il touchait. Il y étalait, d'un index gluant, ma propre semence; la sensation était profondément gênante mais, au fond, enivrante. De toute manière, je n'étais plus à ça près : il m'avait fait jusqu'ici absolument tout ce qu'il avait voulu, sur ce sol inconfortable, sans que je m'y oppose. Et j'avais trouvé un plaisir coupable dans cette faiblesse que je ne me connaissais pas; je délaissai donc toute pudeur, et m'abandonnai à ce geste scabreux.

Bientôt, je sentis une phalange aventureuse me pénétrer; c'était la première fois. Et comme le reste de ces attouchements dégradants, il me plut, tant il tranchait avec la domination que j'exerçais d'habitude. Sans tarder, le doigt entier s'enfonça, m'arrachant un geignement d'aise, un sanglot invitant; il se mit en mouvement, je fus parcouru de spasmes agréables. Puis, quand j'y fuis habitué, un deuxième se joignit au manège. Cette fois, mes plaintes d'extase furent étouffées par la moiteur d'un baiser éperdu. Et je sentis l'extrémité lisse du membre déraper, s'échapper de ma cuisse pour me flatter la croupe.

Seth lâcha mes lèvres et empoigna son engin. Si son intention m'était apparue auparavant, je n'y avais pas vraiment songé, accaparé par la succession des instants : désormais conscient, je voulus protester. Au lieu d'une remontrance inquiète, une seule onomatopée quitta ma gorge lorsqu'il s'enfonça en moi. Là, c'était douloureux, pour de bon : mon anneau, subitement élargi, brûlait d'une sensation lancinante, alors que l'interminable pieu poursuivait sa course folle. Et enfin je sentis son ventre contre ma croupe : il n'irait pas plus loin, pensai-je, et ce n'était pas un mal, vu combien je me trouvais déjà rempli. Ramené à la raison, tiré de ma transe par l'inconfort de l'acte, je cherchai à signifier mon mécontentement, la larme à l'œil : là encore, je ne pus émettre qu'un glapissement plaintif, ses bras s'enroulant autour de mes guibolles pour accompagner la pénétration. Celle-ci se fit vite sauvage, effrénée, éreintante : dans un cri haché, ininterrompu, j'exprimai toute la souffrance que je ressentais.

Mais une fois de plus, je finis par aimer. Ses assauts brutaux, instinctifs, réveillèrent au plus profond de moi-même un désir jusqu'alors insatisfait, qui se trouva violemment comblé par ce manche ravageant mon intestin. Mon larmoiement se mua en hoquets, en soupirs, puis en un râle de jouissance continu lorsqu'il m'empoigna par les hanches, relevant mon bassin, pour me baiser plus fougueusement encore. Ne trouvant pas la force de mettre en mouvement mes bras ballants, j'enserrai son abdomen de mes membres inférieurs engourdis par l'effort, l'invitant tacitement à ne pas s'arrêter. Contre mon pubis, je sentis ma propre pine, revigorée par la fièvre d'un coït qui durait déjà depuis de longues minutes, se dresser fièrement.

Je fus alors soulevé du sol, sa main sous ma fesse gauche, ma jambe droite raclant inutilement le sol, et ramené contre le mur de ciment voisin. Son sexe toujours en moi, il m'adossa avec force et poursuivit sa besogne, à coups de reins énergiques faisant claquer de façon obscène notre peau trempée. Livrée à elle-même, ma tige cognait perpétuellement sous mon nombril, tandis que coulaient sur mon torse de longs filets de bave, issus de nos langoureux échanges de salive.

Après quelques minutes de ce traitement, les yeux révulsés, je ne tins plus : dans une convulsion immodérée, je me laissai pleinement choir, m'empalant plus que jamais sur son infatigable queue, éjaculant quelques gouttes sur mon derme et sur le sien. Puis, de nouveau à terre, contorsionné entre lui et le mur, savourant les ultimes soubresauts de mon orgasme, j'encaissai un moment encore son acharnement profond; je fus copieusement inondé, et le chaos cessa.

***

Je gisais au sol depuis dix bonnes minutes déjà, tâchant péniblement de reprendre mes esprits. Nu, souillé, les cuisses si écartées que je craignais de leur rendre leur position originale; mais étonnamment satisfait, comme si mon corps avait longtemps attendu d'être ainsi malmené. Alors, fidèle à ce qui me semblait être sa tradition personnelle, ce fut House qui brisa l'harmonie du moment, par un message importun qui fit carillonner mon Pip-Boy :

« Mon cher lieutenant, je suis navré : abandonnez tout ce que vous avez entrepris. Faites moi confiance, il y a bien plus urgent. »

J'espère que vous avez apprécié ce récit. Surtout, n'hésitez pas à me faire parvenir un retour par mail, même bref, même lourdement critique. J'en ai besoin pour continuer à écrire et à m'améliorer. Merci à tous ceux qui l'ont fait jusqu'ici : c'est grâce à vous que je signe aujourd'hui mon quatrième texte.


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